Les Compagnons du Sacre

Reims - 17 juillet 1429
 

Les otages de la Sainte Ampoule

Le connétable de France

Les pairs laïcs

Les pairs ecclésiastiques

La cérémonie du sacre 
 

Armoiries du roi de France


Les Otages de la Sainte Ampoule.

On appelle "otages de la Sainte Ampoule" les quatre seigneurs chargés d'escorter la Sainte Ampoule de l'abbaye Saint-Rémi jusqu'à la cathédrale de Reims pour la cérémonie du sacre du Roi de France. Ces seigneurs avaient pour rôle de défendre la précieuse fiole jusqu'à la mort, d'où leur titre d'otages de la Sainte Ampoule.

L'origine du Saint Chrême contenu dans une fiole de cristal appelée "Sainte Ampoule" remonte au IVe siècle quand Clovis fut baptisé et couronné roi des Francs : la légende raconte qu'une colombe descendit du ciel pour apporter la fiole contenant l'huile sainte qui servit à saint Rémi pour oindre Clovis. C'est pourquoi la Sainte Ampoule était incrustée dans un reliquaire d'or en forme de colombe.

La Sainte Ampoule était conservée dans l'abbaye Saint-Rémi et était amenée dans la cathédrale seulement le jour du sacre du roi de France. Selon le cérémonial habituel, les otages entraient à cheval dans la cathédrale, entourant l'abbé de Saint-Rémi (qui était à l'époque Jean Canard), allant en lente procession du portail principal jusqu'à l'autel où l'abbé remettait la Sainte Ampoule à l'archevêque. C'est à ce moment que prenait fin la mission des otages qui, descendus de cheval, rejoignaient leurs compagnons dans la nef.

Pour le sacre de Charles VII, furent choisis :

Le maréchal Jean de Brosse, seigneur de Boussac
Gilles de Laval, baron de
Rais,
Jean Malet seigneur de Graville, grand maître des arbalétriers,
Louis de
Culant, amiral de France.


Armes octroyées au baron de Rais
après le sacre:
d'or à la croix de sable (Rais) à l'orle d'azur fleurdelisée d'or (France).
 

Jean de Graville


Le Connétable de France.

Derrière la procession de la Sainte Ampoule venait l'escorte de l'épée royale. Cette épée était tenue par le connétable pendant la suite de la cérémonie, la lame nue, la pointe haute. La lame en était gravée de fleurs de lis dirigées vers sa pointe afin d'être vues à l'endroit.

Au sacre de Charles VII, en raison de la disgrâce du connétable Arthur de Richemont, c'est Charles d'Albret, lui-même fils et gendre de connétable, neveu du grand chambellan La Trémoïlle, qui reçut l'honneur de porter l'épée royale à sa place.

L'épée traditionnelle, depuis le XIIIe siècle, était l'épée dite « de Charlemagne », surnommée « Joyeuse » (conservée au Musée du Louvre depuis 1852). La lame actuelle, remontée pour le sacre de Napoléon Ier, est dépourvue de fleurs de lis.

Mais, au sacre de Charles VII, cette épée ne put être récupérée, comme l'ensemble des regalia (instruments du sacre) qui étaient conservés à l'abbaye de Saint-Denis, en territoire anglo-bourguignon. Il fut utilisé une épée qui sera appelée « de Charles VII » ou « de la Pucelle » et qui sera déposée également à Saint-Denis. Cette épée disparaîtra hélas lors de la Révolution.

Arthur de Richemont

Charles d'Albret


Les Pairs Laïcs.

Les pairs, six laïcs et six ecclésiastiques, rappelaient l'origine élective du trône de France en soutenant la couronne au-dessus de la tête du monarque lors du sacre.

Officiellement, les six pairs laïcs étaient :

Le duc de Bourgogne ;
Le duc de Normandie ;
Le duc de Guyenne ;
Le comte de Flandre ;
Le comte de Toulouse ;
Le comte de Champagne ;

mais ces titres étaient alors soit vacants, soit la propriété d'ennemis de Charles VII. Ils furent suppléés respectivement par :

Jean de Valois, duc d'Alençon,
Charles de Bourbon, comte de Clermont,
Louis de Bourbon, comte de Vendôme,
Guy de Montfort, comte de Laval,
Georges de La Trémoïlle, Grand Chambellan,
Raoul de
Gaucourt, capitaine d'Orléans.

Jean d'Alençon

Charles de Bourbon


Les Pairs Ecclésiastiques.

Seuls trois pairs ecclésiastiques étaient présents :

L'archevêque de Reims, Regnault de Chartres,
L'évêque de Laon, Guillaume de Champeaux,
L'évêque de Châlons, Jean de Sarrebrück.

Les trois autres, du parti adverse, étaient absents :

L'évêque de Langres,
L'évêque de Noyon,
L'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.

Ils furent remplacés respectivement par :

L'évêque de Séez, Robert de Rouvres,
L'évêque d'Orléans,
John of Carmichael alias Jean de St Michel,
L'évêque de Troyes, Jean Laiguisé.

Regnault de Chartres
 

John of Carmichael


La Cérémonie du Sacre.

Pour les Chrétiens de cette époque, tous les pouvoirs venaient de Dieu qui en déléguait une partie à des hommes élus de Lui. Le roi était le lieutenant de Jésus Christ au temporel comme le pape et les évêques étaient Son lieutenant au spirituel. A travers le rite du sacre, le roi de France recevait la grâce divine de remplir sa mission : régner pour servir.

L'onction par le Saint Chrême faisait du roi de France le successeur des rois de Jérusalem, notamment le roi David. Le roi de France était ainsi placé au-dessus des autres monarques (notamment le roi d'Angleterre qui était couronné mais non sacré) et régnait sur un peuple élu, celui des Français.

La cérémonie du sacre, plus que celle du couronnement qui lui était liée, allait faire de Charles VII le véritable roi de France. La main sur l'Évangile, le ci-devant dauphin devait prononcer en outre le serment de respecter la Justice et la Loi , de défendre l'Église et son Peuple, en particulier les veuves et les orphelins, de tous les ennemis, de l'intérieur comme de l'extérieur.

En tant que premier pair, le duc d'Alençon adouba Charles au matin de la cérémonie (car le roi, bien qu'âgé de vingt-six ans, n'était pas encore chevalier) et lui remit les éperons d'or lors du sacre. Quant à Georges de La Trémoïlle, en qualité de grand chambellan, son rôle avait consisté, au début de la cérémonie, à aider le dauphin à enfiler les chausses fleurdelisées sur lesquelles furent bouclés les éperons d'or par Alençon.

Regnault de Chartres, qui avait fait son entrée dans sa bonne ville de Reims la veille du sacre, après une procession solennelle, prononça une longue prière d'intercession. Puis, selon la tradition, il pratiqua les saintes onctions sur la personne royale à travers les ouvertures pratiquées dans la chemise de cérémonie : sur la poitrine, sur la nuque, sur chaque épaule et à la saignée des deux bras.

La Trémoïlle intervint de nouveau pour remettre au monarque le manteau fleurdelisé (le "soq"), et les autres symboles de la royauté : l'anneau, le sceptre et la main de justice.

L'archevêque escorta le dauphin jusqu'au maître autel. De nouveau le dauphin s'agenouilla devant lui pour recevoir la dernière onction, sur la tête. Alors Regnault de Chartres, entouré de tous les pairs, couronna celui qui était consacré roi de France avec une couronne trouvée dans le trésor de la cathédrale.

Le nouveau roi vint siéger sur son trône, les douze pairs venant lui rendre l'hommage et l'embrasser. Alors éclatèrent l'acclamation "Vivat rex in aeternum" et les sonneries de trompettes triomphales.

 

Merci à Virginia ohlick (Saint Joan of Arc Center, Albuquerque) pour sa collaboration à cette page