Un officier orléanais à la Grande Armée : Maurice de Tascher (1786-1813)


Sixième campagne : Russie, 1812

 

Par la suite, plusieurs carnets de notes ont été perdus dans l'effroyable campagne de Russie où le 12e chasseurs est engagé. Maurice y est toujours capitaine, le grade de chef d'escadron lui ayant été refusé le 19 janvier 1812 du fait qu'il n'a pas encore assez d'ancienneté.

Le régiment, désormais sous le commandement du colonel de Ghigny, fait partie de la 2e division de cavalerie légère du général Watier de Saint-Alphonse, au 2e corps de réserve de cavalerie du général Montbrun. Le 12e fait brigade avec le 11e chasseurs, sous les ordres du général Saint-Geniès. Les deux autres brigades comprennent les 5e et 9e hussards, sous le général Burthe, et les 1er chasseurs polonais, 3e chasseurs wurtembergeois et 3e hussards prussiens, sous le général d'Ornano. Ces détails nous montrent le caractère cosmopolite de la Grande Armée qui s'enfonce dans les steppes russes. Ils nous apprennent également que Maurice est proche de son cher Saint-Hilaire, toujours au 5e hussards.

Un lieutenant du 12e chasseurs en 1812

L'historique du 12e chasseurs à cheval nous apprend que le régiment quitte Saint-Mihiel le 8 février 1812 pour Mayence, d'où il gagne Weimar, Francfort sur le Main, Hanau, Schlutten, Feulde, Nach, Gotha, Erfurth, Francfort sur l'Oder, Thorn, et franchit la Vistule à Calvari. Là, toute la cavalerie est placée sous les ordres de Murat (qui avait commencé sa carrière au 12e chasseurs). Le régiment passe le Niémen le 24 juin, près de Wilkoviski, et arrive à Vilna (l'actuelle Vilnius) où le général Sébastiani remplace le général Watier au commandement de la 2e division de cavalerie légère. Celle-ci marche à l'avant-garde de la Grande Armée.

C'est à ce moment que nous retrouvons les notes spontanées de Maurice, contenues dans son dernier carnet que son frère aîné recueillera sur sa dépouille dans les circonstances que nous verrons. Le 11 juillet, Maurice est à Sloboda, dans un pays de forêt, coupé de lacs et de marais impraticables. La marche du régiment est pénible, entrecoupée d'escarmouches, à travers villes et villages pillés et incendiés par les Russes eux-mêmes. Le 12e chasseurs arrive le 30 juillet près de Smolensk et peut se reposer une journée. Le 8 août, au cours d'un combat près de Roudnia, Maurice a son cheval tué par une décharge d'artillerie. Il est sauvé par le maréchal des logis Leclerc, mais celui auquel (il doit) la vie et la liberté paye de la sienne son héroïque dévouement. Pendant plusieurs jours, Maurice, très affecté, recherche le corps de son sauveur qu'il espère malgré tout encore en vie. Il va même jusqu'à faire porter vingt-cinq napoléons au colonel russe, par un parlementaire, pour alléger le sort de Leclerc s'il est encore vivant. Mais, le 14, il doit suivre la division qui poursuit sa route vers Moscou, sans son colonel, blessé lors du combat.

Voir le détail de l'itinéraire de Smolensk à Moscou

Le 7 septembre 1812, c'est la bataille de Borodino-La Moskowa. Les notes hâtives de Maurice ne permettent pas de définir son rôle lors de cette bataille : Resté 9 heures sous le canon et la mitraille. Nuit horrible. Couché sur le champ de bataille.

Mais nous savons que le 12e chasseurs a eut des pertes importantes. Trois capitaines, un lieutenant et un sous-lieutenant ont été tués. Le chef d'escadron de La Bourdonnaye, commandant par intérim le régiment, a été blessé, de même que deux autres capitaines, quatre sous-lieutenants. Soixante-douze sous-officiers et chasseurs du régiment sont restés sur le champ de bataille. Sur les neuf capitaines que comptait le régiment à l'entrée en campagne, il n'en subsiste plus que quatre, dont Maurice de Tascher. Le lendemain, il se bat encore toute la journée, sans doute bravement car il note : espoir de la Croix d'officier [de la Légion d'honneur]. Le 10, il mange du cheval. Le 14, il entre dans Moscou. C'est le 15, semble-t-il, qu'il perd ses carnets de notes précédents. Avec Murat, le 12e chasseurs harcèle les Russes autour de Moscou incendié et pillé. La conduite de Maurice de Tascher dut encore être brillante puisqu'il note le 17 : Espoir d'avancement. Ces combats se poursuivent autour de la capitale moscovite et Maurice les relate brièvement jusqu'au 20 octobre. Il y a alors une lacune d'un mois, inexpliquée, dans ses notes. C'est pendant ce temps que commence la retraite et que Maurice retrouve son jeune frère Eugène, lieutenant au 4e régiment d'artillerie à cheval, blessé au pied le 4 octobre.

Les notes reprennent le 20 novembre, alors que Maurice et Eugène sont près de Kokanen. Eugène profite du cheval de Maurice qui suit à pied. Le 28, Maurice décrit le passage tragiquement célèbre de la Bérézina :

Je me rends au pont à la pointe du jour. Désordre et encombrement horrible. Je manque plusieurs fois d'être étouffé et je passe après quatre heures d'attente, à 11 heures. Une demi-heure après, l'ennemi commence à tirer et le passage devient un massacre. Combat à Borizow. Nombre immense d'hommes et de chevaux noyés.

Le lendemain, Maurice est pris de fièvre. Le 4 décembre, il écrit :

Froid rigoureux. Route silencieuse. Pensées à conserver. Anniversaire de ma naissance. Souvenir de ma mère, larmes, agonie. Souvenir réciproque. Fait 6 lieues. Logé dans un village, un quart de lieue en avant du quartier-général. Fièvre et diarrhée. Souffrances d'Eugène.

Scène de la retraite de Russie

Les mots froid excessif ... froid intense... misère... faim... horreur, reviennent sous sa plume. Le 13, il passe le Niémen. Le 16, son unique cheval, réservé à Eugène, lui est volé. Il achète un traîneau. Le 17, l'état de son frère empire. Le 18, il est visité par Larrey, chirurgien de la Garde Impériale. Le 23, à Kœnigsberg, Maurice doit se résoudre à placer Eugène à l'hôpital. Le 25, le général Exelmans lui prête 300 francs. Il court porter la nouvelle à son frère : hélas, celui-ci a succombé.

Maurice doit poursuivre sa route, au milieu de grandes souffrances physiques et morales. Le 5 janvier 1813, il arrive avec beaucoup de peine à Marienburg. Le 7, il arrive à Marienwerder, avec des difficultés extrêmes pour voyager en traîneau. Il écrit à ses parents pour les rassurer mais, le 8, sa main défaillante ne peut tracer que deux mots : Pris séjour. Ce sont ses derniers. Il est contraint de se jeter dans un des innombrables fourgons qui suivent l'armée en déroute. Le 23, il arrive à Berlin. Le général Sébastiani lui offre de le loger, mais il préfère se rendre à l'hôpital où il espère sans doute être soigné.

Signature de Maurice de Tascher

 

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Premières campagnes : Allemagne et Prusse

Troisième campagne : Pologne, 1807

Quatrième campagne : Espagne, 1808

Cinquième campagne : Autriche, 1809

Épilogue

 


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