Un officier orléanais à la Grande Armée : Maurice de Tascher (1786-1813)


Cinquième campagne : Autriche, 1809

 

Le 22 octobre, Maurice quitte Toulon et arrive le 3 novembre à Paris. Il séjourne dans la capitale, en l'hôtel de ses parents, 18 rue de Grenelle, et au château de Pouvrai. Le 8 décembre, il va embrasser sa cousine, l'Impératrice, qui doit intervenir auprès du ministre de la Guerre, le général Clarke, pour que Maurice cesse d'être considéré comme "prisonnier de guerre" et rendu au service actif.

Il est affecté au dépôt de son régiment, à Maëstricht. Le 22 mars 1809, Maurice prend la tête d'un détachement de cent chasseurs pour marcher contre l'Autriche.

Guerre ! Guerre ! La gloire brille déjà à mes yeux dans le lointain. A ses rayons éclatants, les vapeurs enivrantes de l'amour s'évanouissent comme un léger brouillard. Que mon dernier soupir soit rendu les armes à la main sur le champ de bataille et je ne me plaindrais pas. Pour vous seuls, ô ! mes parents, et pour l'infortunée Wilhelmine, je trouverais des larmes.

Il rejoint les escadrons de guerre du 12e chasseurs, le 23 avril, à Ortheim, sur le Danube, près de Ratisbonne qui a été prise par les Français quatre jours plus tôt.

Celui qui n'a pas fait la guerre ne peut se faire une idée de l'état affreux de Ratisbonne, de ses maisons à moitié brûlées, teintes de sang et remplies de blessés.

Le cœur sensible de Maurice oscille toujours entre la gloire et les horreurs de la guerre.

La division de cavalerie légère précède l'armée et talonne l'ennemi en retraite, se contentant de tirailler, par-ci, par-là. Puis, elle quitte l'avant-scène pour laisser l'armée livrer la bataille d'Essling. Devant Schönbrunn, le 9 juin 1809, Maurice de Tascher reçoit son brevet de capitaine. Son colonel avait proposé son avancement au maréchal Berthier en indiquant que "les connaissances militaires et la bravoure de cet officier le rendent très recommandable" et qu'il "fera un bon capitaine". A ce titre, il prend le commandement de la 6e compagnie du 4e escadron du 12e régiment de chasseurs à cheval. Le régiment est passé en revue par l'Empereur. Manœuvres, patrouilles, inaction…

Capitaine au 12e chasseurs

Enfin, le 4 juillet, à 10 heures du soir, commence la furieuse canonnade de la grande batterie de Wagram : plus de cent pièces de gros calibre cracheront la mort sur ce champ de bataille où Napoléon se souviendra qu'il était officier d'artillerie.

Nous avons manœuvré depuis le matin (du 5) sur l'artillerie et la cavalerie ennemies. De part et d'autre, on s'est battu vigoureusement et l'on a manœuvré avec autant d'ordre et de précision qu'à une parade. Peu ou point de charge ; on n'a avancé qu'en masse ; nous avons gagné beaucoup de terrain, mais l'ennemi n'a pas un instant de confusion et rien n'est encore décidé. Une artillerie formidable tonne depuis 24 heures. Le destin de la bataille paraît reposer sur elle ; l'horizon est en feu et la nuit qui nous surprend ne suspend point la canonnade.

Le 6, au matin, les Autrichiens attaquent. Maurice a un cheval tué sous lui par un boulet. Garnier, qui est maintenant brigadier, et son ordonnance, Kapel, dégagent le jeune capitaine qui, à pied, voit arriver sur lui la cavalerie ennemie. Deux chasseurs le saisissent chacun par un bras et l'entraînent au galop. On lui apporte un nouveau cheval. Après avoir erré quelque peu sur le champ de bataille, il rejoint le 12e chasseurs qui poursuit l'ennemi jusqu'à la nuit et ramène quelques prisonniers. Au soir de Wagram, le général Montbrun enverra au maréchal Davout un rapport dans lequel il couvre d'éloges sa cavalerie légère.

L'armée marche ensuite sur Brünn, en Moravie.

Le pays est couvert de moissons magnifiques. Le dégât que nous y faisons est incalculable. Tout est saccagé, brisé, livré au pillage.

Le 10, est livré un combat à Znaïm. Croyant avoir affaire à quelques traînards, Montbrun fait pousser sa division sur ce qui se révèle être une grosse partie de l'armée ennemie. Heureusement, Marmont vient le secourir. Mais les Français se trouvent bientôt face à toute l'armée autrichienne, sur trois lignes de défense. Le lendemain, l'Empereur arrive avec sa Garde, puis, à midi, toute la Grande Armée est rassemblée. Les ennemis s'observent.

Il est six heures du soir, raconte Maurice. Un trompette autrichien se fait entendre et sonne pour venir en parlementaire. Demain matin, nous saurons si nous devons nous embrasser ou nous égorger.

Le lendemain est conclu un armistice.

Napoléon signera la paix avec l'Autriche et épousera une archiduchesse. Le 12e chasseurs est chargé de l'escorte de Marie-Louise à son arrivée à Braunau où elle est "remise" à la France, le 16 mars 1810. La future impératrice félicite le colonel Guyon de la bonne tenue du régiment. Puis, Maurice rentre à Paris, le 1er avril, pour donner à mes parents un agréable poisson d'avril dit-il malicieusement. En fait, son retour en France est dû à un mauvais état de santé, selon les rapports du ministère de la Guerre qui lui accorde plusieurs congés de convalescence. Ses blessures d'Iéna et les épreuves de l'Espagne en sont sans doute les causes.

Le 2 avril 1810, il assiste au mariage de Napoléon et de Marie-Louise. Pouvait-elle oublier, écrit Maurice, que ce trône où elle montait était encore teint du sang de son infortunée tante [Marie-Antoinette] et que cette main audacieuse à laquelle elle allait joindre la sienne était venue ébranler l'empire de son père, presque dans ses fondements ?

Mais Maurice est un Tascher. Il ne peut oublier celle qui occupa quelque temps le trône des Français et qui régnera encore longtemps sur leurs cœurs. le 11 mai, il va rendre visite à son impériale cousine, au château de Navarre, près d'Évreux. Pendant trois jours, il hante la cour de celle qui reste l'Impératrice et devant laquelle Maurice est en admiration :

Son sourire gracieux et spirituel la faisait trouver aimable, avant qu'elle n'eût parlé ; son regard, plein de douceur et de charme, où venait se peindre la beauté de son âme, exprimait qu'elle était bonne autant que jolie... Oui, jolie et séduisante, malgré ses quarante-cinq ans (sic).

Détail du portrait de Joséphine par Gérard (Musée de Malmaison)

Il retourne la voir le 25 mai, à Malmaison cette fois. Et les notes rédigées par Maurice de Tascher s'achèvent à la date du 12 juin 1810, sur une relation de sa visite au cabinet d'anatomie de l'école vétérinaire d'Alfort .

 

Retour à la présentation

Premières campagnes : Allemagne et Prusse

Troisième campagne : Pologne, 1807

Quatrième campagne : Espagne, 1808

Sixième campagne : Russie, 1812

Épilogue
 

 


Retour à la page d'accueil du site