Un officier orléanais à la Grande Armée : Maurice de Tascher (1786-1813)


Troisième campagne : Pologne, 1807

 

Ce n'est que le 7 avril 1807 qu'il peut quitter Leipzig et rejoindre Postdam où il dîne avec le général Bourcier, inspecteur-général de la cavalerie. Bien que le ministre de la Guerre lui ait accordé un congé de convalescence à passer dans sa famille, Maurice gagne la Pologne, à la recherche de son nouveau régiment. Ce pays lui fait une bien mauvaise impression :

Misère ... désolation ... puanteur ... note-t-il. Le 3 mai, il arrive au 12e chasseurs, près d'Osterode, quartier-général de Davout. Il est logé à Baucken Mühle, dans un joli moulin, situé à la tête d’un grand lac, dans un vallon entre deux forêts ; sa position est sauvage et pittoresque. J’y ai encore respiré l’air de la campagne, quoique bien troublé par le souffle de la guerre.

Carte de la campagne de Pologne

Les 11 et 12 juin, Maurice participe aux combats d'Heilsberg. Le 10 y avait eu lieu l'une des plus grandes charges de cavalerie de l'histoire : dix-neuf régiments, soit trente mille cavaliers, sont entraînés par Murat dans une folle tourmente qui culbute les Russes. Mais les pertes sont lourdes : neuf mille Français sont tués ou blessés, et Napoléon tancera vertement Murat pour cette action personnelle.

J’ai vu pour la première fois les cosaques de près ; depuis 2 heures jusqu’à 9 heures du soir, nous nous sommes tiraillés avec eux et avons fait plusieurs charges, mais ils étaient 8 ou 900 hommes contre 200 ; nous avons perdu une cinquantaine d’hommes ou de chevaux. Le colonel Asly  a été blessé. Les chevaux du général, des aides de camp et des modestes équipages ont été enlevés à cent pas derrière nous par une patrouille prussienne. Le 13, l’ennemi a abandonné toutes ses positions et décampe pendant la nuit ; nous le suivons et marchons toute la journée sur Eylau. Traversé ce fameux champ de bataille, où reposent tant de braves Français, et vu ce cimetière arrosé de tant de sang. Patience ! nous allons bientôt les venger, ou les suivre.

Le 14, c'est la victoire de Friedland, mais Maurice n'y participait pas, à son grand désespoir. Nous apprenons que l’Empereur a battu complètement l’ennemi qui a laissé sur le champ de bataille six mille morts et 80 pièces de canon. Hélas, où étions-nous ? Puis, la cavalerie légère, dont font partie les chasseurs, est chargée de la poursuite de l'ennemi en déroute. Le bilan est de mille à douze cents prisonniers.

Enfin, la Grande Armée atteint le Niémen et le Tsar demande la paix. C'est le fameux entretien de Tilsit, sur un radeau ancré au milieu du fleuve. Maurice côtoie l'Empereur, le Tsar, le roi et la reine de Prusse.

Autorisé à prendre un congé de convalescence en raison de sa blessure d'Iéna, il reprend la route pour la France, adoptant une chienne, Wachtel, qui l'accompagnera jusqu'en Espagne.

Adieu, infernale Pologne, adieu, sales barons, maudits Gospodars ! écrit Maurice qui, décidemment, n'a pas apprécié ce pays. Le 15 septembre, il repasse à Leipzig où il retrouve Wilhelmine... Le 21, il franchit le Rhin ; le 24, il est à Paris, le 28, à Pouvrai où il retrouve ses parents au château familial. Ce jour est le plus heureux de ma vie. Retrouvé tous mes parents en bonne santé. Quelle foule de souvenirs d’enfance ! que de traces de bonheur je retrouve à chaque pas autour de moi !

Le château de Pouvrai

Le 29 octobre, il arrive à Orléans. Il y trouve son jeune frère, Frédéric, très malade. Il a d'ailleurs d'autres raisons d'être mécontent de son séjour dans sa ville natale. La bourgeoisie orléanaise, demeurée foncièrement monarchiste, accueille mal ce jeune officier de l'armée impériale. Maurice se plaint : Il y a telle ville qu'on renierait volontiers pour sa patrie si l'on n'y avait quelques vrais amis et des parents respectables !

Le 28 novembre, il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Il écrit à son ami Saint-Hilaire (alias Sainvilliers) :

Je viens de recevoir ce matin la décoration de la Légion d’honneur des mains du Grand Chancelier *, qui a voulu me l’attacher lui-même. Voici le ruban que je t’envoie. Garde-le, mon brave Saint-Hilaire. Ce talisman de l’amitié ne saurait manquer de te servir d’égide. Il te portera bonheur et quand tu pourras (bientôt j’espère) l’attacher sur ta poitrine, tu songeras qu’il a été à celle de ton ami et cette pensée te doublera le plaisir. Adieu. 

* Il s'agit alors de Bernard Germain Étienne de La Ville-sur-Illon, comte de Lacépède, naturaliste.

Le 4 décembre, Maurice de Tascher a 21 ans. Il note : Il y a un an, à pareil jour, j'étais à Leipzig... Pauvre Wilhelmine... le geburstag de cette année n'est pas le même pour toi ... Pauvre Wilhelmine!

Armoiries du comte P.J.A. de Tascher

 

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Premières campagnes : Allemagne et Prusse

Quatrième campagne : Espagne, 1808

Cinquième campagne : Autriche, 1809

Sixième campagne : Russie, 1812

Épilogue

 


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