La Maison Militaire de Jeanne d'Arc

L'écuyer : Jean d'Aulon

Les pages : Minguet et Raymond

Les hérauts d'armes : Guyenne et Ambleville

Les clercs : Frère Pasquerel, Nicolas de Vouthon, Mathelin Raoul

Les frères d'Arc : Pierre et Jean "du Lys"

Ci-contre : Jeanne et ses pages, tels qu'ils sont reconstitués chaque année
pour les "Fêtes de Jeanne d'Arc", à Orléans, du 29 avril au 8 mai
(les costumes des pages et l'étendard ont été modifiés en 2002).

Figurines 54 mm, création J.-C. COLRAT
Coll.  
Maison de Jeanne d'Arc
, Orléans.


Avant d’entrer en campagne, Jeanne devait être équipée et entourée d’un minimum de personnages qui constituaient pour tout "homme" de guerre ce que nous désignerions aujourd’hui par l’anglicisme staff, et qui s’appelait alors la "maison militaire". Avant d’aller à Blois où se regroupait l’armée qui devait se porter au secours d’Orléans, l’héroïne fit un séjour prolongé dans la ville de Tours, du 6 au 21 avril. Pendant qu’on lui confectionne son armure, ainsi que ses emblèmes, étendard et pennon, se forme la maison militaire de la Pucelle qui comprend : un écuyer ou intendant, deux pages, deux hérauts d’armes, des clercs (deux aumôniers et un comptable), auxquels se joignirent ses frères, Pierre et Jean d'Arc.


L'écuyer : Jean d'Aulon.

L'écuyer est, dans la chevalerie, un jeune noble qui aspire à devenir chevalier en servant comme second auprès d'un chevalier déjà adoubé, qu'il soit bachelier ou banneret. Mais au XVe siècle les écuyers sont souvent moins jeunes et d'ailleurs beaucoup ne seront jamais chevalier faute de moyens pécuniaires bien que remplissant des charges militaires importantes. Ainsi fut Jean d'Aulon.

Jean d’Aulon avait été détaché du service du roi à Chinon pour être placé auprès de Jeanne. Il la suivra pendant toute sa carrière militaire, jusqu’à sa capture à Compiègne.

Né vers 1390, dans le Fezensaguet, Jean d’Aulon se maria vers 1415 avec Michelette, fille de Jean Juvénal des Ursins, ancien prévôt des marchands de Paris, devenu président du parlement exilé à Poitiers. Devenu son gendre, Jean d’Aulon gravite dès lors dans l’entourage du dauphin. Devenu veuf , il se remarie en 1428, avec Hélène de Mauléon, dame de Caudeval.

Jean d'Aulon s’est distingué à la « rescousse de Montargis », en 1427, sous les ordres du Bâtard d’Orléans. Là, il eut quatre chevaux tués sous lui. Il est donc un homme bien en vue et très aguerri lorsque Charles VII le désigne pour devenir l’écuyer de Jeanne la Pucelle. Il est fait prisonnier à Compiègne, en même temps que la Pucelle, il est emprisonné avec elle dans la forteresse de Clairoix.

Fait conseiller, maître d’hôtel et chambellan du roi, puis en 1454 capitaine et gouverneur de la forteresse de Pierre-Scize qui défendait l’entrée nord de Lyon, sur la Saône. L’année suivante, il fut fait sénéchal de Beaucaire et de Nîmes. Jean d’Aulon mourut en septembre 1458


 

Jean d'Aulon


Les pages : Louis de Coutes et Raymond.

Les pages étaient de jeunes nobles destinés au métier des armes, aspirant à entrer en chevalerie. Avant d’accéder à l’état d’écuyer quatre à cinq ans plus tard, ils apprenaient le dur métier des armes auprès d’un seigneur, le plus souvent suzerain ou allié de leur père, qu’ils servaient également comme domestiques. Ils étaient aussi bien valets de chambre, valets de table, valets d’écurie, que valets d’armes.

Pour faire le service quotidien auprès de Jeanne, deux pages lui sont attribués. L’un est Louis de Coutes, dit Minguet, qui appartenait à la suite de Gaucourt comme page ou valet d’armes depuis l’âge de onze ans, fut placé auprès de Jeanne dès son séjour à Chinon. On ne connaît avec certitude que le prénom du second : Raymond, qui était le porte-étendard et qui sera tué lors du siège de Paris.

Né en 1414, Louis de Coutes est le fils de Jean dit aussi Minguet de Coutes († v.1426), seigneur de Fresnay-le-Gilmer, de la Gadelière et de Mitry, chambellan du duc d’Orléans et capitaine de Châteaudun, et de Catherine Le Mercier, dame de Noviont et de Rugles, dont il héritera des terres. Louis de Coutes suivit Jeanne en témoin privilégié jusqu’au 23 août 1429, date à laquelle il quitta l’état de page pour devenir à son tour un écuyer. Il deviendra panetier du roi en 1436. Il avait épousé Guillemette de Vattetot. Il mourut vers 1483. (Par de mauvaises transcriptions, il fut longtemps appelé par les historiens Louis de Contes, dit Muguot.)

Quant à Raymond, cité avec ce seul prénom par son camarade Minguet, nous ne saurons vraisemblablement jamais rien de lui. Gardons le mystère de ce jeune garçon qui portera l’étendard de la Pucelle, son emblème de guerrière et de mystique tout à la fois, et qui mourra à son côté, tué au combat en pleine jeunesse, le cœur encore plein sans doute de la pureté insufflée par Jeanne.


 

Louis de Coutes


Les hérauts : Ambleville et Guyenne.

Privilège assez extraordinaire, Jeanne se voit attribuer deux hérauts d’armes qui s’appelaient Ambleville et Guyenne.

Les hérauts d’armes – termes employés d’une manière trop générale pour désigner un ensemble plus complexe d’ « officiers d’armes » – jouaient au Moyen Age un rôle particulièrement important, à la fois dans le domaine de l’héraldique et de la généalogie, et dans le domaine militaire et politique. A la guerre, ils exerçaient une fonction de messager pour laquelle ils jouissaient d’une sorte d’immunité diplomatique. Leur personne est en effet inviolable et sacrée.

Les officiers d’armes sont classés en trois grades : après avoir été chevaucheurs, ils commencent leur carrière comme poursuivants d’armes, puis deviennent hérauts d’armes après quelques années et quelques-uns finissent comme roi d’armes. Tous perdent leur nom patronymique au profit d’un nom de province ou de fief, de sentence ou de meuble héraldique, rappelant leur appartenance. Ils revêtent un tabard aux arms de leur maître et ont un bâton pour insigne de fonction.

Ceux de Jeanne d’Arc étaient probablement des poursuivants d’armes, car seuls les ducs, comtes et vicomtes avaient le droit d’avoir des hérauts, les rois d’armes étant réservés aux rois, princes et ducs souverains ; les barons et les chevaliers bannerets n’avaient que des poursuivants. Sans doute ne connaîtrons-nous jamais la véritable identité de ces deux hommes qui avaient pour surnoms Ambleville et Guyenne.

Ambleville appartenait peut-être à Julien des Essars, époux d’Isabeau de Vendôme (deuxième sœur de Jean de Vendôme, vidame de Chartres, compagnon de la Pucelle), qui était seigneur d’Ambleville en Vexin, membre par alliance d’une famille d’une fidélité exemplaire à Charles VII et au duc d’Orléans.

Quant à Guyenne, il faisait sans doute partie de la maison du roi. C’était d'ailleurs une provocation de porter ce nom pour un officier d’armes français car la suzeraineté sur cette province était revendiquée par le roi d’Angleterre, descendant d'Aliénor d'Aquitaine.

Un héraut vêtu de son tabard
(ici aux armes du duc de Bretagne).
A l'arrière plan, un serviteur
tient son bâton.


Les clercs : frère Pasquerel,
Nicolas de Vouthon et Mathelin Raoul.

Toute maison militaire comprenait un aumônier ou chapelain. Jeanne, dont on connaît la piété, ne pouvait bien évidemment pas échapper à cette règle. Il semble d’ailleurs qu’elle en ait eu deux : frère Pasquerel, un moine augustin, et un parent de sa mère, Nicolas de Vouthon, un cistercien. Un autre clerc, Mathelin Raoul ou Rouel, jouait un rôle de trésorier, tenant les comptes de la maison.

Frère Jean Pasquerel était lecteur au couvent des Augustins à Tours. Il eut connaissance de la mission de Jeanne alors qu’il se trouvait pour un pèlerinage au Puy-Notre-Dame (et non Le Puy en Velay *), en même temps que Bertrand de Poulengy et de Jean de Metz, ainsi qu’un frère de Jeanne (et non sa mère *), qui étaient allés prier devant la ceinture de la Vierge conservée dans l’église de cette localité, à dix lieues de Chinon. Frère Pasquerel devint le chapelain de Jeanne et la suivit dans toute son épopée, jusqu’à Compiègne.

Sur demande de la Pucelle, il fait confectionner à Blois une bannière sur laquelle est peinte une crucifixion. Cette bannière est portée par une procession de prêtres et de moines qui précède l’armée allant à Orléans... Frère Pasquerel assistera à tous les combats auxquels participera Jeanne, la confessant et la consolant quand elle sera blessée.
 

* Voir "Jeanne d'Arc, mythes et réalités", p. 65 à 67.
(aux éd. L'Atelier de l'Archer, 1999), par Olivier BOUZY .

Bannière

La bannière
de Frère Pasquerel.
Reconstitution

de S. Gauthier pour
"La Mission de Jeanne d'Arc", Tome I,
du colonel de Liocourt (Nouvelles éditions latines, 1974)

Pierre et Jean d'Arc dits "du Lys".

On prétend que se sont joints à la maison militaire de Jeanne ses frères Jean et Pierre. Ce sont les deuxième et troisième fils de Jacques d’Arc et d’Isabelle de Vouthon dite Romée.

Le cadet, Jean du Lys, dit Petit Jean, sera nommé en 1452 bailli du Vermandois et capitaine de Chartres. En 1457, il est fait capitaine de Vaucouleurs, charge qu'il conserva pendant dix années avant de se retirer. Jean d’Arc serait demeuré sans postérité, si ce n’est un fils qui serait devenu curé de Domrémy.

Le puîné, Pierre, suivit la Pucelle jusqu’à Compiègne où il fut fait prisonnier avec elle. Il se ruina pour payer sa rançon, et termina sa vie à Orléans. Le duc d’Orléans lui donna l’île aux Bœufs — une grande île de pâturages qui se trouvait dans la Loire un peu en amont d’Orléans — et Charles VII lui octroya la perception d’un droit de péage dans le bailliage de Chaumont. Il fut fait chevalier de l’ordre du Porc-épic créé par Charles d’Orléans. Il eut un fils, curieusement surnommé "la Pucelle", mort en 1501.

Armoiries attribuées
à la famille d'Arc :
D'azur à l'arc d'or posé en fasce accompagné de trois flèches du même, posées deux en sautoir et une en pal, ferrées et empennées d'argent.