Hommes d'Armes
et
Hommes de Traits

| capitaine | guisarmier | hallebardier | vougier | coutilier |
| archer | arbalétrier | couleuvrinier |

Il a fallu bien des décennies pour que la chevalerie française admette qu'elle avait été vaincue à plusieurs reprises par la "piétaille", que ce soit les milices flamandes à Courtrai ou les archers anglais à Crécy, Poitiers et Azincourt. Les réformes militaires du règne de Charles VII aboutirent à la grande ordonnance d'Orléans de 1439, à la création des compagnies d'ordonnance et des francs-archers.

En 1429, la "compagnie mixte d'hommes d'armes et d'hommes de traits" (archers et arbalétriers), sous le commandement d'un capitaine, remplaçait l'ancienne "lance", unité tactique qui entourait chaque chevalier. Les comptes établis pour le siège d'Orléans par Hémon Raguier, trésorier des guerres du roi, nous en donne les détails, par exemple au début du mois de mars 1429 :

Jean, bâtard d'Orléans
58
hommes d'armes
27
hommes de traits
Le maréchal de Sainte-Sévère
73
13
Jean de Graville
64
29
Denis de Chailly
37
37
Guillaume de Cernay
11
12
Guiot des Champs
8
9
Fernando de Pierrebonne
17
9
Guillaume Madre
23
24
Guillaume de Chaumont-Quitry
19
15
Théaulde de Valpergue
33
41
Bernard de Comminges
25
10
Nicolas de Giresme
17
6
Louis de Waencourt
5
8
Philippe de Culant
12
5
Raymond-Arnault de Coarraze
21
31
Girault de La Paillière
25
6
Poton de Xaintrailles
34
27
Maurice de Meaux et Jean Oulchart
25
60
Raymond de Villars
28
30
Thibault de Thermes
8
9
Jacques du Bois
19
6

soit 562 hommes d'armes et 414 hommes de traits, et un total de 976 hommes de guerre.

Nous constatons qu'il n'existe aucune règle de proportionnalité entre les uns et les autres. Certaines compagnies comptaient presque autant de gens d'armes que d'archers et d'arbalétriers, d'autres comportaient davantage d'hommes de traits (particulièrement chez les Écossais). Les compagnies les plus étoffées étaient celles des grands officiers du roi (le bâtard d'Orléans, le maréchal de Sainte-Sévère et le grand maître des arbalétriers Graville), ainsi que celles des étrangers (l'Écossais Oulchart ou plutôt Wishart, l'Italien Valperga ou l'Espagnol Villars).


Le Capitaine  

Le capitaine (du latin caput, tête) est placé à la tête de la compagnie. C'est un noble, qu'il soit de grande ou de petite noblesse. Il n'est pas obligatoirement chevalier mais peut être un simple écuyer. Il est assisté d'un lieutenant et de quelques autres hommes d'armes à cheval.

Portant le "harnoys plein" d'acier poli, sur lequel il revêt éventuellement une cotte d'armes armoriée ou une huque de riche étoffe alors fort à la mode, il est armé de l'épée et d'une autre arme de poing, masse, hachette, etc. Au combat, il est coiffé du bassinet ou de la salade à visière. Mais la mode veut qu'il arbore souvent avec l'armure une coiffure civile, chapeau de feutre, toque de fourrure ou encore chaperon.

Le Guisarmier

Les hommes d'armes à pied de la compagnie sont armés d'armes d'hast, c'est-à-dire de fers emmanchés sur une hampe. Telle est la guisarme dont le fer muni d'un crochet sert à la fois à accrocher les pièces des armures pour désarçonner les cavaliers et ensuite à les faucher à terre.

Les hommes à pied ne portent qu'une partie des protections métalliques, bras ou jambes, et une protection de tête, salade, barbute, chapel de fer.

Pour se distinguer les uns des autres, ils arborent sur leur paletot un insigne de parti : ici la croix blanche dite "des Armagnacs" qui distingue les Français.

Le Hallebardier

La hallebarde est une arme venue de Suisse et d'Allemagne, à l'époque récemment introduite dans l'armée française. Elle est munie d'un dard servant à percer l'armure ou tout au moins à pénétrer aux défauts de celle-ci, et d'un fer de hache propre à tailler têtes et membres !

Ce hallebardier porte une brigandine, pourpoint renforcé en son intérieur de lames d'acier rivetées.

Il s'agit ici d'un Bourguignon : il arbore pour insigne de parti la croix de Bourgogne qui est une croix de Saint-André rouge.

Le Vougier

La vouge est une arme d'hast on ne peut plus simple : c'est un dérivé de la serpe ou de la faux, aussi appelé fauchart.

Nous voyons ici un homme d'armes écossais, qui porte la croix de Saint-André blanche sur une cotte le plus souvent bleue. Il arbore un petit bouclier de bois rond, clouté, caractéristique : la targe.

Sur le continent, les Écossais portent à peu près les mêmes vêtements que les autres guerriers. Pas de kilt, qui serait anachronique : les Highlanders étaient censés porter sur leurs terres des chemises ou manteaux safran.

Le Coutillier

Voici le mauvais garçon de la compagnie : la coutille est une arme à fer large, à double tranchant, propre à égorger les blessés qui ne valent pas une rançon et ne seront pas fait prisonniers. C'est le rôle ingrat du coutillier que d'achever ces malheureux.

Sur sa courte pèlerine à capuchon, celui-ci arbore la croix noire des Bretons, la Kroaz Du, sur fond blanc.

Le blanc et le noir sont les couleurs traditionnelles de la Bretagne depuis le XIIe siècle (à rapprocher de l'emblème qu'est l'hermine), encore portées sur le drapeau national actuel créé au début du XXe siècle, le Gwenn ah Du.

L'Archer

Arme à jeter des "traits" (terme générique désignant toutes les sortes de flèches, carreaux, etc.), l'arc est très ancien et a doté les guerriers des civilisations primitives.

Cet archer anglais, reconnaissable à sa croix de Saint-Georges rouge sur la pèlerine passée sur une cotte de cuir, est armé du redoutable "long bow" en bois d'if qui sema la panique dans les rangs de la chevalerie française lors des batailles de la Guerre de Cent Ans. Très entraînés, les archers anglais, surtout gallois d'ailleurs, pouvaient tirer jusqu'à huit fois en une minute. C'est une arme surtout efficace lorsqu'elle est employée en nombre par les pluies de flèches envoyées sur l'ennemi.

L'Arbalétrier

Autre arme de traits, l'arbalète est le perfectionnement technique de l'arc. Grâce à un mécanisme destiné à tendre la corde, sa puissance est décuplée et son utilisation ne demande pas l'entraînement intensif nécessité par l'usage de l'arc. Cette puissance "mécanique" l'avait fait interdire par le concile de Latran, en 1139, comme étant artem mortiferam (art mortel) et deo odibilem (haïe de Dieu).

Plus lente d'emploi que l'arc, c'est une arme surtout efficace dans la guerre de siège où l'arbalétrier peut viser calmement à l'abri des merlons des remparts ou du grand pavois qu'il dispose devant lui sur le champ de bataille. Les plus fameux arbalétriers étaient génois, employés en grand nombre dans l'armée du roi de France et portant donc la croix blanche.

Le Couleuvrinier

Enfin, voici l'arme de la modernité, issue du développement de l'artillerie à poudre : le "bâton à feu" ou couleuvrine portative, ancêtre du fusil.

En effet, aux grosses bombardes, qui étaient renommées faire plus de bruit que de dégâts, vinrent s'ajouter des pièces plus petites, plus légères et plus maniables : bombardelles, crapaudaux, veuglaires, couleuvrines. De plus en plus petites, certaines couleuvrines purent, dès l'époque du siège d'Orléans, être utilisées comme pièces individuelles et portables, lançant des petits boulets en fonte de fer. C'est une arme encore coûteuse, et la cassette de la duchesse d'Anjou, Yolande d'Aragon, y pourvut. C'est sans doute pour cela que de nombreux couleuvriniers étaient angevins, dont le plus fameux canonnier du siège d'Orléans : Jean de Montesclère, dit "Maître Jean le Couleuvrinier".

Tous les personnages présentés ci-dessus sont réalisés à base de figurines du jeu d'échecs
 "Mokarex" (Louis XI / Charles le Téméraire),
peintes par Jean-Claude COLRAT.