La Garde Écossaise de Charles VII

Déjà en 1422, Charles VII avait créé, avec uniquement des hommes d'armes écossais à qui il faisait entière confiance, une compagnie de Cent hommes d'armes pour la garde du Roy ou Cent lances de la garde qui deviendra en 1445 la première des quinze compagnies de gens d'armes d'ordonnance, sous le commandement de Jean Stuart d'Aubigny, le fils de celui qui avait été tué près d'Orléans en 1429, puis la compagnie écossaise de la gendarmerie de France.

En 1440, il forma une compagnie écossaise d'archers à cheval, cavaliers plus légers permettant d'assurer une garde plus rapprochée de sa personne, que l'on appela les Archers du Roy. Ils étaient commandés par Robert Pattiloch qui prendra en 1445 la tête de la deuxième compagnie de gens d'armes. C'est l'ancêtre de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi.

Il semble que cette compagnie d'archers fut obtenue par dédoublement des Cent lances, car rappelons qu'une lance comprenait à la fois des hommes d'armes et des archers. C'est peut-être les archers accompagnant les hommes d'armes qui furent regroupés en une compagnie indépendante.

La garde personnelle rapprochée de Charles VII était confiée à vingt-cinq archers dits Archers du corps. Ils deviendront les vingt-quatre Gardes de la Manche et le Premier homme d'armes de France, au sein de la compagnie écossaise des gardes du corps de la Maison du Roi.

La brillante tenue de ces archers écossais de la garde, certainement réservée aux parades et cérémonies, nous est connue par deux sources différentes qui se recoupent assez exactement.

L'une est une relation écrite de l'entrée solennelle de Charles VII à Rouen en 1449, à l'issue de la reconquête de la Normandie. Le chroniqueur Mathieu d'Escouchy écrit: "Après viennent la grande garde du roi, archers et cranequiniers de cent à six-vingts qui étaient mieux en point que tous les autres et avaient hoquetons sans manche, de vermeil, de blanc et de vert, tout chargés d'orfèvreries, ayant leurs plumes sur leurs salades desdites couleurs et leurs épées et harnais de jambes garnis richement d'argent."

L'autre source est iconographique et contemporaine. Jean Fouquet a peint en 1454 une adoration des mages pour le livre d'heures d'Étienne Chevalier (Musée de Chantilly), où le roi Charles VII (en roi mage...) est entouré des archers écossais de sa garde.

Au premier plan se détache ce qui semble être le capitaine, sans doute le futur Premier homme d'armes de France, qui se distingue par un joyau représentant trois fleurs de lis de jardin sur le devant de son casque, par le port d'une dague, et par l'absence de bouclier.

Les hommes placés derrière lui portent la même tenue, avec une épée au lieu de la dague. Ils sont armés soit d'un arc long, soit de la même guisarme que l'officier mais ont alors un bouclier. Ce bouclier n'est pas la targe ou rondache typique des Écossais. Même en admettant le phénomène de perspective bien apprécié par l'artiste, il n'est pas rond mais nettement oblong, apparemment recouvert de cuir naturel, avec un fort umbo hémisphérique de métal blanc entourés d'iris peints au naturel (tiges et feuilles vertes, fleurs blanches). Tous ont les protections de membres complètes en acier, avec éperons puisqu'il s'agit d'archers à cheval, et un casque en forme de salade, du modèle à fausse visière très courante au milieu du XVe siècle, surmonté de trois plumes verte, blanche et rouge (couleurs constituant la livrée de Charles VII) dont la tige est recouverte d'un rang de perles et qui sortent d'un petit tortil aux trois couleurs royales. Ils ont un gorgerin de mailles et des spalières de cuir noir clouté d'argent.

La pièce d'uniforme remarquable est le hoqueton, décrit par Mathieu d'Escouchy, à trois bandes rouge (presque rose), blanche et verte (pâle), la jupe formée de bandes alternées de ces trois couleurs. Ce hoqueton est décoré par de l'orfèvrerie, des perles ou des petits clous dessinant sur le buste des fleurs centrées sur chaque bande de couleur et qui sont nettement des iris blancs, l'un des emblèmes de Charles VII, dont les tiges viennent se rejoindre à hauteur du nombril. Sur la jupe, les motifs sont plus difficilement discernables mais il nous semble toutefois y reconnaître également des iris, déformés par leur allongement sur chaque bande de couleur.

Cette tenue est trop brillante pour être portée journellement et en service de campagne. Le hoqueton devait alors être remplacé par une cotte ou une brigandine beaucoup plus simple. Nous en connaissons le modèle en 1480 grâce à la pierre tombale de Guillaume Le May, capitaine des Six-vingts archers du Roy. Ce capitaine porte les mêmes protections de membres que ci-dessus, avec gorgerin de maille et casque assez semblable à la salade à fausse visière mais plus emboîtante, l'arc à la main et le carquois à ses pieds. Surtout, il porte une brigandine de cuir clouté, avec grande protection d'épaule identiques aux spalières montrées par Fouquet, mais dont une bande centrale, vraisemblablement d'étoffe, est orné d'une croix. Il s'agit certainement de la croix blanche des armagnacs, mais nous ignorons la couleur du fond, peut-être bleue ou plus sûrement rouge.

Curieusement – quant on connaît l'antagonisme qui animait le père et le fils – Louis XI conservera sa confiance aux archers écossais de Charles VII et lui, qui à la fin de sa vie voyait des complots partout et un meurtrier en chacun de ses familiers, ne supporta que la présence des Écossais à ses côtés dans la clôture qu'il s'imposait dans son château de Plessis-lès-Tours. »

(extrait de l'article "L'Auld Alliance : les Écossais au secours du roi de France au Moyen Âge" par Jean-Claude Colrat,
in
Le Briquet n° 3-1998
, spécial "Les Écossais au service de la France").