Énigmes et Mystères...

 

 

 enluminure v. 1400



  Antoine de Hollande... ou d'Allonne ?

  Alain Giron : breton sans doute, Châteaugiron peut-être.

  Il y a Villars et Villars.

  Un mystérieux seigneur du Lude.

Toutes observations seront les bienvenues sur mon e-mail : colrat-jc@orange.fr
(le cas échéant, merci de préciser vos sources...)



A
ntoine de Hollande... ou d'Allonne ?

Selon les chroniques d'Enguerrand de Monstrelet , "Après lequel sacre fait et accompli [Charles VII] laissa en la cité de Reims pour capitaine Antoine de Hollande, neveu du dit archevêque [Regnault de Chartres]". Ce capitaine avait bien évidemment assisté au sacre avec Jeanne d'Arc, fait le voyage avec elle de Gien à Reims, et peut-être même participé à la campagne sur le Loire avec l'armée du duc d'Alençon.

Qui est cet Antoine de Hollande ? Regnault de Chartres, duc archevêque de Reims et chancelier de France, n'avait pas de neveu. Par contre, il avait deux nièces. Son frère Hector de Chartres, seigneur d'Ons en Bray, d'Allonne et de Caudeville, tué en 1415 à Azincourt, avait deux filles : Isabeau de Chartres, mariée à Antoine de Lévis, futur comte de Villars, et Jacquette, femme Jean de Sainte-Maure. Point de Antoine de Hollande !

Intéressons-nous à Antoine de Lévis. Il est le fils aîné de Philippes IV de Lévis († 1440), vicomte de Lautrec, seigneur de La Roche en Renier, d'Annonay, de Pradelles, etc., fait premier comte de Villars (Thoire et Villars) en 1432 par le duc de Savoie, et de Antoinette d'Anduze, fille de Louis d'Anduze, seigneur de la Voûte. Antoine de Lévis porta, au fil de sa vie, les titres de comte de Villars, vicomte de Lautrec, baron de La Roche et d'Annonay, seigneur de Vauvert et de Belcastel, etc. Mais qu'en était-il du vivant de son père, et donc en 1429 ? Il avait épousé en 1425 Isabelle de Chartres, qui était dame d'Ons-en-Bray, d'Allonne et de Chêne-Doré depuis la mort de son père à Azincourt. Il est donc tout à fait plausible qu'Antoine de Lévis ait pris le titre de seigneur d'Allonne par sa femme, la nièce de Regnault de Chartres.

Alors... Allonne,... Hollande ? La confusion et la déformation des patronymes sont choses fréquentes dans les chroniques de l'époque.

Isabelle de Chartres mourut vers 1438, année où elle fit son testament. Antoine de Lévis, quant à lui, testa le 13 août 1454 ; il fut inhumé dans l'église d'Annonay.

Armes des Lévis de Lautrec :
d'or à trois chevrons de sable, au lambel à trois pendants componés de gueules et de sable.

Sources : Chroniques d'Enguerrand de MONSTRELET – Le Père ANSELME , Histoire généalogique et chronologique des grands officiers de la couronne – Anatole FRANCE , Vie de Jeanne d'Arc.



Alain Giron, Breton sans doute, Châteaugiron peut-être.

Alain Giron ou Géron est un écuyer, le plus souvent cité comme étant breton, qui était écuyer du roi depuis 1419. C'était semble-t-il un fidèle du connétable de Richemont puisqu'il participa avec celui-ci à l'arrestation du favori du roi, le sire de Giac et faisait partie de l'armée qu'Arthur de Bretagne avait rassemblée pour aller secourir Montargis en 1427 sous le commandement du Bâtard d'Orléans.

Arrivé le 25 avril 1429 à Orléans avec cent hommes de renfort, il mena le 4 mai, sous le commandement de Gilles de Rais, l'assaut contre la bastille de Saint-Loup au prix de lourdes pertes. Un grand nombre de Bretons auraient alors été ensevelis dans les carrières de l'évêque d'Orléans. Alain de Giron a combattu ensuite à Jargeau, Meung, Beaugency et Patay. Il était encore au côté de Jeanne à Compiègne où il entra le 23 mai 1430.

Giron était capitaine de Senlis depuis l'année précédente. Nous savons aussi qu'il eut une seigneurie dans le Berry : La Garde-Giron, sur l'actuelle commune de Prissac (dans l'Indre). Il fut tué lors de la campagne que mena le connétable de Richemont contre le Damoiseau de Commercy, de nouveau en révolte contre l'autorité royale, en 1439.

Qui était Alain Giron ? Le Nobiliaire de Bretagne ne donne pas de famille de ce nom . Mais un chevalier prénommé Giron, vers l'an mille, fonda près de Rennes un château qui donna le nom à la nouvelle famille dite de Châteaugiron, nom très souvent encore dissocié en deux mots au XVe siècle: "du Château-Giron". On sait qu'Armel Ier de Château-Giron († 1435), maréchal de Bretagne, avait un frère juveigneur, Alain, seigneur de Saint-Jean, époux de Françoise de la Lande, qui continua la filiation. Nous ignorons la date de la mort de cet Alain de Château-Giron et rien ne prouve que c'était notre homme.

A l'époque, les armes de Châteaugiron semblent être d'or au chef d'azur. Les armes anciennes seraient de vair, parfois à la bande de gueules. Les armoriaux ne sont pas accordés sur ce point. Mais un sceau attribué à Alain Giron montre un écu avec des traces d'oiseaux ou merlettes, surmonté d'un heaume ayant un oiseau pour cimier; les couleurs sont inconnues.

Châteaugiron

Châteaugiron ancien

Sceau attribué à Alain Giron

Sources : Comptes de maître Hémon Raguier, trésorier des guerres du Roy (qui le cite "Alain Giron, escuyer"- Chronique de Guillaume Gruel (Alain Giron) et Chronique d'Enguerrand de Monstrelet (Alain Géron) - Journal du siège d'Orléans (Alain de Giron, capitaine breton) - Grand armorial de France par Henri Jougla de Morenas (à la table alphabétique : "Giron : voir Château-Giron") - Nobiliaire et armorial de Bretagne de P. Potier de Courcy (Patri, Armel et Alain de Châteaugiron) - La mission de Jeanne d'Arc du colonel de Liocourt (photo du sceau reproduite ci-dessus). 



I
l y a Villars et Villars...
 

Il y eut dans l'épopée johannique deux personnages portant le nom de Villars qui sont parfois confondus pour des faits qui leur sont attribués. Archambaud de Villars est un Auvergnat, tandis que Raymond de Villars est un chevalier pyrénéen, peut-être même espagnol .

Archambaud de Villars (* v. 1373 – † ap.1432) était un compagnon du duc Louis d'Orléans qui lui confia l'apprentissage du métier des armes de son f ils naturel Jean, futur comte de Dunois. Il fut capitaine de Blois en 1403 à l'âge de trente ans, puis de Pontorson en 1407 en remplacement d’Olivier de Clisson. Villars, qui avait contribué à la libération de Montargis en 1427, est naturellement présent à Orléans dès octobre 1428, malgré son âge.

Les familles portant ce nom sont assez nombreuses dans tout le royaume. Archambaud appartient à l'une des familles d'Auvergne. Ses armes sont : d'hermine au chef de gueules chargé d'un lambel d'or ou d'argent, selon son sceau de 1404, avec pour cimier une tête de lion.

Raymond de Villars, présent aussi au siège d'Orléans, n'est pas identifié avec certitude. Il est nommé indifféremment Ramond, Raimond ou Raymond de Villars, de Villa, de Vila, de Vyla ou Byla (les sons Ve et Be sont confondus dans les langues hispaniques). Certains auteurs ont fait le rapprochement avec le « Raymondus dominus de Villario miles » qui tint la sénéchaussée de Beaucaire jusqu’à sa mort le 30 juin 1455. On le trouve viguier et châtelain de Sommières en 1420, bailli de Sens et Auxerre de 1432 à 1436, capitaine et garde du Pont Saint-Esprit en 1443, tout en étant sénéchal de Beaucaire et de Nîmes de 1429 à 1455, s’il s’agit effectivement du même Raymond de Villars. Il est aussi qualifié de chevalier, conseiller et chambellan du roi.

La figure complexe représentée sur un sceau de 1435 attribué à Raymond de Villars nous évoque la croix de Calatrava . "Villars" serait-il la francisation de Villaréal ? (famille de Biscaye qui portait : d'argent à la croix de Calatrava de gueules vidée du champ, accompagnée d'une fleur de lis de gueules dans chaque canton). Notre Raymond de Villars serait-il Ramón del Villaréal ?

A noter qu'une famille espagnole "De Bascuñana" porte aussi : d'argent à la croix de Calatrava évidée de gueules. Cette famille est originaire de Castille, de la Manche, d'un lieu nommé "Villar de Cañas" qui a été associé au nom de la famille pour donner : "de Benita Ramirez de Bascuñana de Villars de Cañas de Villanueva" dernier nom porté par un ancêtre mort à Cuevas Almenzora en l'an 1879. Coïncidences troublantes encore...

 

 
Armes d'A. de Villars
(Auvergne)
Sceau de R. de Villars
Croix de Calatrava
Armes des Villaréal
(Espagne)
Armes de "Bascuñana de Villars de Cañas ..."

Sources : Comptes de maître Hémon Raguier, trésorier des guerres du Roy - Journal du siège d'Orléans - COURET (Comte A. de), Les Espagnols au siège d'Orléans, Orléans 1868 - RIETSTAP (J.-B.), Armorial général, Londres 1972 - DUPONT-FERRIER (Gustave), Gallia Regia ou état des officiers royaux... , Paris 1942. - Europaïsche Stammtafeln, (édition J.-A. Stargardt, Marburg) dont l'index renvoie de "Villar" à "Villaréal".



Un mystérieux Seigneur du Lude.
 

Lors de sa déposition au procès en révision de la condamnation de Jeanne, le duc d'Alençon raconte comment "le seigneur du Lude" fut tué au siège de Jargeau, le 12 juin 1429 : « Pendant l'assaut contre la ville de Jargeau, Jeanne me dit à un moment où je me tenais à une place que je me retire de cet endroit et que, si je ne me retirais, “ cette machine — en me montrant une machine qui était dans la ville — te tuera ”. Je me retirais et peu après, en cet endroit d'où je m'étais retiré, quelqu'un fut tué qui s'appelait monseigneur du Lude. Cela me fit grand peur et je m'émerveillais beaucoup des dits de Jeanne après tous ces événements. »

Plusieurs auteurs ont cru voir dans cette anecdote Gilles de Daillon. Mais c'est le fils de Gilles, Jean II de Daillon, qui acquit le célèbre château du Lude, sur le Loir, en 1457. A l'époque de Jeanne, il semble que le propriétaire de ce château du Lude fut Jean Le Moyne. Le Lude avait été repris aux Anglais en 1427 par Ambroise de Loré et Gilles de Rais.

Mais de nombreuses terres portent le nom de "Lude" (qui signifie clairière), notamment près d'Orléans. C'est sans doute là qu'il faut rechercher l'homme qui nous intéresse. Nous pensons qu'il s'agit en l'occurrence du seigneur du Lude en Sologne :

Jean II de Beauvilliers, dit le Camus, fils de Jean Ier du nom († av. 1391) et de Perenelle de Manchecourt, était seigneur du Lude en Sologne, ainsi que des Gaschetières et de la Grande Dîme de Chaumont. Il avait servi dans la compagnie du comte de Vertus, frère du duc d'Orléans, au siège de Parthenay en 1419. Indiqué mort sans postérité, c'est le 21 juin 1429 que sa sœur Isabeau de Beauvilliers se proclame son héritière. Il est donc vraisemblable que son décès se situe quelques jours avant cette date : pourquoi pas précisément le 12 juin, jour de la prise de Jargeau ?

Isabeau partagea en 1435 la seigneurie du Lude avec son gendre, Guichard Raffin, le manoir principal devenant le Grand Lude (sur la commune de Jouy-le-Potier) et l'autre portion le Petit Lude (sur la commune de La Ferté-Saint-Aubin).

Il existait aussi un Lude en Beauce qui appartenait à un autre Jean de Beauvilliers, dit Bourles, cousin du précédent, tué en 1428 à la défense de La Ferté en Sologne.

Armes des Beauvilliers. — Fascé d'argent et de sinople de six pièces, à six merlettes de gueules posées 3.2.1 sur les fasces d'argent, qui est Beauvilliers. Pour cimier, une boule (peut-être de gueules, posée sur des lambrequins d'argent doublés de sinople...).

 

 

Sources : Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc (dans la traduction de P. Duparc qui mentionne dans son index alphabétique "Gilles de Daillon seigneur du Lude, tué à Orléans"... sic) - R. TRIGER, Jeanne d'Arc, ses soldats et amis du Maine, 1909 - Père ANSELME, Histoire généalogique et chronologique des grands officiers de la couronne..., 1726 (voir aux Beauvilliers, ducs de Saint-Aignan) - De LA CHESNAYE-DESBOIS, Dictionnaire de la noblesse, 1724 (généalogie des