Les Écossais au Siège d'Orléans
 

| Blair | Carmichael | Chamber | Crichton | Douglas
Galoys (Galloway) | Hamilton | Houston | Kennedy | Lennox | Melvill
Norvell | Ogilvy | Stuart | Wishart |

   Annexes :
Garde écossaise de Charles VII
Les Écossais dans les comptes du trésorier de Charles VII

Miniature XVe siècle


Avertissement. Étant assailli de demandes notamment de personnes persuadées que l'un de leurs ancêtres était écossais et a combattu avec Jeanne d'Arc, je me dois de préciser que : 1° il n'existe pas de "liste d'enrôlement des soldats écossais" de cette époque (nous sommes au XVe siècle...) ; 2° il ne m'est pas possible de faire des recherches pour des tierces personnes.


Lamitié entre la France et l’Écosse est une vieille histoire, une vieille alliance ou en anglais "old alliance" que l’on continue de nos jours d’écrire "Auld Alliance". Cette amitié s’était forgée en raison de la même lutte contre les Anglais, quoique d’origines différentes.

Il semble bien que ce soit Charles V qui fut le premier roi de France à faire entrer des Écossais dans sa garde. Mais c’est surtout avec Charles VII que l’alliance fut mise à profit et que furent créés les premiers éléments des gardes écossais qui se maintiendront par tradition dans la Maison du Roi jusqu’au XVIIIe siècle et même sous la Restauration.

En 1420, un corps de 6 000 Écossais avait débarqué à La Rochelle pour venir au secours de celui qui n'était encore que dauphin. Ce corps était commandé par John Stewart ou Stuart, Earl of Buchan dit Boucan. Celui-ci était le fils du duc d'Albany, régent d'Écosse. Ce John Stuart est fait connétable de France en 1423, après sa victoire sur le duc de Clarence à Baugé (1421). Il est tué à la bataille de Verneuil en 1424. Il ne faut pas le confondre avec un homonyme, John Stuart of Darnley, dont nous parlerons ci-dessous.

Dès le début du siège, en octobre 1428, Orléans abritait un fort contingent écossais appointé par le roi, puisque les comptes du trésorier des guerres, maître Raguier, prouvent la présence de compagnies commandées par trois chevaliers du pays d’Écosse : William Hamilton, Thomas Houston, John Wischard alias Oulchart, et cinq écuyers : Thomas Blair, Henry Galois, Edward Lennox, David Melvill et Alexander Norwill.

Le 8 février 1429, arrivent d’importants renforts conduits par Guillaume d’Albret, avec un fort contingent de 1 000 Écossais commandés par les demi-frères John Stuart of Darnley et William Stuart of Castelmilk. Hélas, peu de jours après, c’est le désastre de Rouvray-Saint-Denis, dans la plaine de Beauce.

Le 9 février 1429, on apprend l’approche d’un convoi de ravitaillement anglais envoyé de Paris vers Orléans, sous la protection de John Falstolf. Charles de Bourbon, comte de Clermont, qui commande des troupes dans la région, est prévenu par des envoyés de la garnison d'Orléans. Il est décidé que l’ensemble des troupes françaises doit se rejoindre pour intercepter le convoi. Imbu de son titre princier, Charles de Bourbon demande aux capitaines français sortis d’Orléans de ne pas passer à l’action sans lui. Le bâtard d’Orléans, Xaintrailles et La Hire, mais surtout Jean Stuart, impatients d’en découdre, ne l’attendent pas et se ruent sur les "Godons". Derrière des fortifications improvisées à l'aide des chariots et barils remplis de poissons, les archers anglais attendent l’ennemi. Charles de Bourbon fait retraite, endossant ainsi la responsabilité de l’échec lamentable de cette bataille. Encore une fois, l’attaque impétueuse de la chevalerie coûtera cher à l’armée franco-écossaise. A l’issue de cette funeste journée, au milieu des poissons jonchaient le champ de bataille, l’armée française laissait sur le terrain les corps de deux cent cinquante combattants dont les frères Stuart. Le 12 février 1429 resta dans l’histoire sous le nom de "journée des harengs".

Néanmoins, la renommée des archers écossais est telle qu’ils furent chargés de la protection du convoi de ravitaillement qui devait être conduit de Blois à Orléans avec Jeanne d'Arc, sous le commandement de Patrick Ogilvy of Auchterhouse, vicomte d’Angus, portant le titre de connétable de l’armée écossaise en France.


BLAIR (alias Blar), Thomas. – Écuyer écossais présent à Orléans dès le début du siège, commandant une compagnie de 20 hommes d’armes et 29 archers. De la vieille famille écossaise Blair of Balthayock (contrées de Perth, Fife et Angus). Thomas Blair est mort vers 1453.

Armes : d’argent au chevron de sable accompagné de 3 tourteaux de gueules.

CARMICHAEL (alias Kirkmichael ou Saint-Michel), John. – Élu en 1426 évêque d'Orléans sous le nom de Jean de Saint-Michel, John Carmichael of Carmichael, 3e baron du nom, avait débarqué en 1420 avec le corps de 6000 Écossais de John Stewart of Buchan. Évêque, mais aussi homme d'armes, il avait vaillamment participé à la bataille de Baugé en 1421 où il désarçonna le duc de Clarence qui fut tué par le maréchal de La Fayette. Il participa au sacre de Charles VII en qualité de pair ecclésiastique. Il était le neveu de John, 1er baron de Carmichael en 1370, et fils de William, confirmé 2e baron du nom en 1413. Il mourut en 1436 ou 1438.

Armes : d'argent à la fasce tortillée d'azur et de gueules.

CHAMBER (alias de la Chambre), Cristy (alias Cristin). – Il n’est pas certain que Cristy Chamber (ou Cristin de la Chambre) ait combattu au siège d’Orléans, mais il fit partie de l’armée qui accompagna Charles VII à Reims pour son sacre. Il était en effet capitaine de la compagnie des gardes du corps écossais depuis 1427 et le demeura jusqu'en 1445 (il est remplacé par son fils, Nicole ou Nicolas de la Chambre). Il s’établit en Saintonge et y fit souche; il reçut la seigneurie de Villeneuve-la-Comtesse (Charente-Maritime). En 1453, il est institué, sans doute à titre de retraite, concierge et garde du palais du Roi à Paris.

Armes : d’azur au chevron d’or accompagné de 3 têtes de lion de même lampassées de gueules.

CRICHTON (alias Criston ou Cresson), John. – Commandait en avril et mai 1429 une compagnie d’hommes d’armes et d’archers écossais. Il sera fait gouverneur de Châtillon.

Armes : d’argent au lion d’azur armé et lampassé de gueules.

DOUGLAS. – Archibald ou Archambaud de († 1439), Ve comte de Douglas, de Wigtown et de Touraine, seigneur de Dun-le-Roi, fut-il présent à Orléans en 1429 et dans la campagne qui suivit ?... Il était le fils d’Archibald, IVe comte de Douglas, duc de Touraine, tué à la bataille de Verneuil, le 17 août 1424. Archibald Ve comte de Douglas, appelé Victon par les chroniqueurs français d’après le nom de son comté de Wigtown, avait été fait comte de Touraine à titre honorifique. Mais le Douglas présent au siège fut sans doute un autre membre de cette grande famille écossaise, peut-être son cousin WilLiam.

Armes : la famille Douglas portait d’argent à un cœur de gueules sous un chef d’azur chargé de trois étoiles d’argent à cinq ou six pointes (le cœur sera couronné d’or à partir de 1542). Archibald, duc de Touraine, écartelait : au 1 de France, au 2 de Douglas, au 3 d’azur au lion d’argent armé et lampassé de gueules, couronné d’or (Galloway), au 4 d’or au sautoir de gueules sous un chef de même (Annandale).

GALOYS (GALLOWAY), Henry. – Écuyer écossais. Commandait, à Orléans, une compagnie d’archers appartenant à Guillaume Hamilton. Au début du siège, elle comportait 10 hommes d’armes et 30 archers. Son nom est certainement la francisation de Galloway.

Armes. – La famille Galloway porte d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules, couronné d'or.

HAMILTON, William (alias Guillaume Hameton ou Hameleton). – Écuyer écossais dont la compagnie d’archers était commandée à Orléans par Henry Galois (voir ci-dessus). Faisant souche en France, un d’Hamilton sera titré duc de Châtellerault en 1548.

Armes : de gueules à trois quintefeuilles d’hermine.

HOUSTON, Thomas († ap. 1439). – Chevalier écossais arrivé à Orléans en octobre 1428 à la tête d’une compagnie de 22 hommes d’armes et 71 archers. Sera fait seigneur de Gournay (Indre) en récompense de sa conduite au siège de Meaux en 1439.

Armes : d'or à la fasce (alias un chevron) échiquetée de sable et d'argent accompagnée de 3 merlettes de sable.

KENNEDY. Hugh Kennedy of Ardstynchar, dit Canède. – Hugh Kennedy of Ardstynchar est l’un des fils nés du premier mariage de Gilbert Kennedy of Dunure, vivant en 1400. Débarqué en France en 1420, au sein de l’armée de John Stuart, comte de Buchan. Sa conduite aux batailles de Baugé (1421) et de Verneuil (1424) le fit récompenser par Charles VII qui lui permit d’écarteler ses armes de celles de France. Hugh Kennedy faisait partie des nombreuses troupes écossaises qui combattirent à Orléans. Il sera encore au côté de Jeanne à Lagny, en avril 1430, et défendra cette ville, avec Ambroise de Loré et Jean Foucault, lors du siège de 1432. Son nom avait été francisé généralement en « Canède » ! Demeuré célibataire et sans postérité, ses biens furent transmis à son jeune frère, Thomas Kennedy of Bargany.

Armes : écartelé, aux 1 et 4 de France, aux 2 et 3 d’argent au chevron de gueules accompagné de trois croisettes recroisetées au pied fiché de sable.

LENNOX, Edward of (alias Édouard ou Douard de Linaux). – Écuyer écossais qui amena à Orléans en octobre 1428 un fort contingent de 42 hommes d’armes et 108 archers

Armes : d’argent au sautoir de gueules cantonné de quatre quintefeuilles de même boutonnées d’argent.

MELVILL (alias Malvill ou Malleville), David. – Écuyer écossais qui arriva à Orléans en octobre 1428 à la tête d’une compagnie de 12 hommes d’armes et 28 archers. En janvier, sa compagnie est considérablement renforcée puisqu’il est payé par le trésorier des guerres du roi pour 50 hommes d’armes et 32 archers. Cette famille écossaise descend d’un compagnon normand de Guillaume le Conquérant, originaire de Malleville, au Pays de Caux.

Armes : d’argent à la fasce de gueules.

NORVELL (alias Norvill, Norwill ou Normanville), Alexander. – Écuyer écossais qui combattit à Orléans dès le début du siège à la tête d’une compagnie de 15 hommes d’armes et 29 archers.

 NORVELL (alias Norvill, Norwill ou Normanville), Michael. – Écuyer écossais, présent à Orléans en avril et mai 1429, avec une compagnie forte de 20 hommes d’armes et 25 archers. Peut-être frère du précédent.

Armes : d'argent à trois merlettes de sable becquées de gueules entre deux cotices de sable.

OGILVY. Patrick Ogilvy of Auchterhouse, dit « le vicomte d’Angus ». – Les Ogilvy ou O’Gilvy étaient shérifs héréditaires d'Angus. Patrick Ogilvy, seigneur d’Auchterhouse, connétable de l'armée écossaise en France, était conseiller et chambellan de Charles VII. C’est lui qui commanda l’escorte du convoi de vivres qui devait rejoindre Orléans avec Jeanne d'Arc. Sa compagnie personnelle était forte de 60 hommes d’armes et 70 archers. Il combattit à Jargeau, Meung, Beaugency et Patay, puis suivit le roi à son sacre.

Armes : écartelé, aux 1 et 4 d’argent au léopard de gueules armé et lampassé d'azur, couronné d’or (Ogilvy), aux 2 et 3 d’argent à l’aigle de sable becquée et membrée de gueules (Ramsay d’ Auchterhouse).

 

STUART, Jean (alias John Stewart) († 1429). – Lord of Darnley, comte d'Évreux, seigneur de Concressault et d'Aubigny (Aubigny-sur-Nère : voir en bas de page), il est le fils de Sir Alexander Stewart (1368-1406), Duke of Darnley, et de sa première épouse, Marguerite. Il épousa en 1408 Elizabeth Lennox († novembre 1429). Connétable d'Écosse, il débarqua en 1420 avec un corps de 6 000 compatriotes venu au secours du dauphin (avec un homonyme, John Stewart, Earl of Buchan, dit Boucan, lequel fut fait connétable de France en 1424). Il participa aux batailles de Baugé, de Cravant et de Verneuil, puis contribua à la libération de Montargis en 1427. Il arriva à Orléans le 8 février 1429 avec un corps de 1000 hommes. Mais il fut tué quatre jours après lors de la désastreuse « journée des harengs ». Il fut inhumé en la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans.

Armes : écartelé, aux 1 et 4 de France à la bordure de gueules chargée de huit fermaillets d'or, aux 2 et 3 d'or à la fasce échiquetée d'azur et d'argent de trois tires, au bâton de gueules brochant. Cimier : une tête de poulain au naturel se prolongeant en lambrequins doublés d'azur (voir en bas de page).

STUART, Guillaume (alias William Stewart) († 1429). – Seigneur de Stelemilk, il est né d'un remariage de Sir Alexander Stewart avec Janet Keith. Il est donc le demi-frère de Jean Stuart de Darnley. Il accompagna celui-ci à Orléans et fut également tué le 12 février 1429 lors de la « journée des harengs ».

Armes : d'or à la fasce échiquetée d'azur et d'argent de trois tires, à la bande de gueules brochant.

WISHART, John of (alias Wischard ou Wischart, voire Ouschart ou Oulchart). – Sans doute fils du 5e baron de ce nom, John Wishart of Pittarow est un chevalier écossais qui arriva à Orléans dès octobre 1428 avec 48 hommes d’armes et 105 archers. Il revient en France en 1436 pour accompagner la princesse Margaret d'Écosse, venue épouser le dauphin Louis (futur Louis XI). John Wishart était encore vivant en 1443.

Armes : d'argent à trois piles de gueules conjointes en pointe.

 

Annexes :
La Garde écossaise de Charles VII
Les Écossais dans les comptes du trésorier de Charles VII

 




Photo J.C. Colrat

Aubigny-sur-Nère (Cher) : la "Cité des Stuarts"

Le château d'Aubigny-sur-Nère a été bâti à la fin du XVe siècle par Bérault Stuart, neveu de Jean Stuart of Darnley, construction poursuivie par son cousin Robert Stuart of Lennox qui reconstruisit la ville détruite par un incendie en 1512. Le château est aujourd'hui l'hôtel de ville de cette cité berrichonne et abrite le "Musée de la Vieille Alliance".

Site de l'association franco-écossaise

Armoiries de John Stewart of Darnley
premier seigneur d'Aubigny
 


Sculpture et peinture : J.C. Colrat


Les "fermaillets" de la bordure brisant les armes de France accordées par Charles VII évoquent les boucles-fermoirs des plaids des Écossais.
Les armes de la ville d'Aubigny sont de gueules à 3 fermaillets d'or.


Note de l'auteur
: certains renseignements contenus à la fois dans "Les compagnons d'armes de Jehanne la Pucelle" et dans ce site peuvent présenter des divergences. Après plus de 25 ans de recherches sur le sujet, de nouveaux éléments viennent constamment affiner et compléter mon étude. Les informations contenues dans ce site constituent le dernier point de la question (en ce qui me concerne... et jusqu'à nouvel ordre !). C'est notamment le cas pour les capitaines écossais ci-dessus.

Les notices ci-dessus sont sans doute encore insuffisantes, voire erronées sur certains points.
Nous espérons notamment que des internautes écossais ou d'origine écossaises pourront nous apporter
des compléments d'informations qui seront plus que jamais les bienvenues
sur notre e-mail :
colrat-jc@orange.fr

Un grand merci d'ores et déjà à :
Kevin Hendryx, Brian G H Ditcham, Jimmy Croall, John Blair, Barry Harden Baron of Cowdenknowes, Anthony Maxwell.
 

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Avertissement. Étant assailli de demandes notamment de personnes persuadées que l'un de leurs ancêtres était écossais et a combattu avec Jeanne d'Arc, je me dois de préciser que : 1° il n'existe pas de "liste d'enrôlement des soldats écossais" de cette époque (nous sommes au XVe siècle...) ; 2° il ne m'est pas possible de faire des recherches pour des tierces personnes.