L'Armée de Charles VII

 

 

Grand étendard de Charles VII
(Dessin J.C. Colrat)


L'armée royale – que l'on appelle l' « ost » – n'est pas une armée permanente.  L'ost est levé en fonction des besoins selon le système du « ban » : en cas de péril le roi fait appel à ses vassaux et à ses arrières vassaux qui doivent lui fournir les troupes qu'ils peuvent mettre à disposition selon leur position féodale.

A la base, l'unité tactique minimale est la « lance» qui est recrutée par un chevalier bachelier ou « chevalier à pennon ». Son emblème est en effet le pennon, flamme triangulaire. La lance comprend de 3 à 14 hommes selon les moyens pécuniaires du chevalier : le chevalier lui-même, son écuyer et son page, et puis un certain nombre d'hommes munis d'armes d'hast (coutille, guisarme, hallebarde, vouge, épieu) et éventuellement des archers ou arbalétriers.

Les lances se regroupent en une « bannière », commandée par un « chevalier banneret », dont l'emblème est la bannière de forme carrée ou rectangulaire (le plus souvent dans le sens de la hauteur). Le banneret a sa propre lance et son pennon.

Plusieurs bannières forment une « bataille » commandée par un chef de guerre de rang nobiliaire supérieur et dont l'emblème est un étendard, très long et à queue fourchue ; à noter que le chef de bataille a également une bannière et un pennon personnels.

Ces trois enseignes portaient simplement les armes héraldiques du chevalier.

L’ensemble des batailles forment l’ost qui dispose quant à lui de trois emblèmes : la bannière bleue fleurdelisée du roi, l’étendard blanc du connétable et l’oriflamme rouge à flamme d’or levée solennellement à Saint-Denis. Il est piquant de noter que l’armée royale se rallie déjà à trois couleurs : bleu, blanc et rouge !

Vers la fin du XIVe siècle, l’organisation de l’armée change et la mode aussi. Les chevaliers bannerets et à pennon disparaissent pour être remplacés par des chefs de guerre et capitaines de compagnie. Car l'esprit de la chevalerie a changé. Peu de nobles deviennent désormais chevaliers car cela coûte cher : la plupart restent donc écuyers toute leur vie. Ils lèvent des troupes pour de l'argent, ces troupes étant constitués de « routiers » qui se vendent au plus offrant, changeant de camp sans scrupule et vivant au détriment des populations en dehors des périodes de guerre (ce sont les « grandes compagnies », les « écorcheurs », etc.).

Les « compagnies » qui se substituent peu à peu aux lances, bannières et batailles, sont constituées, aux ordres d'un capitaine, de chefs de guerre (rang inférieur) et d' « hommes d'armes » (à cheval ou à pied) et d' « hommes de traits » (archers et arbalétriers). Une compagnie arbore  simultanément deux enseignes :

un étendard, de très grande dimension, à double queue, destiné normalement aux gens d’armes à cheval ;

un pennon, plus petit, à une seule queue, servant plutôt pour les hommes d’armes à pied (comme il sert à guider les troupes, on l’appellera aussi guidon).

Tous deux sont aux couleurs du chef de compagnie. Car la décoration héraldique des emblèmes laisse la place à une décoration plus complexe à base de couleurs de livrée, de devises et d’insignes de parti.

Ces enseignes sont souvent appelées à l’époque grand et petit étendards. A leur côté subsiste encore quelque temps la bannière armoriée du chef.

Il faut ajouter aussi les milices bourgeoises qui participaient à la défense des places. Et puis les auxiliaires étrangers appelés par le roi de France en vertu d'accords ancestraux comme les Écossais (au nom de l' "Auld Alliance" ) ou de liens vassaliques, comme les Italiens (le duc d'Orléans étant aussi duc de Milan) ou les Espagnols (la belle-mère de Charles VII étant la reine Yolande d'Aragon).

La hiérarchie militaire, telle que nous l'entendons de nos jours, était pratiquement inexistante au Moyen Age. Le Roi était politiquement chef suprême de son armée - que l'on appelle l'Ost royale - et délèguait son pouvoir de commandement militaire au Connétable. Il pouvait aussi déléguer un commandement à un lieutenant-général pour une campagne ou dans une province (tel Jean d'Alençon pour le siège de Jargeau et la bataille de Patay, ou plus tard à Dunois pour la Normandie). Pour le reste, les commandements s'exerçaient selon la puissance et la richesse des féodaux, en prenant en considération  la hiérarchie chevaleresque, la hiérarchie nobiliaire, et les fonctions des grands officiers de la Couronne.

Ce n'est qu'en 1439 que Charles VII, par une ordonnance signée à Orléans jettera les bases d'une armée permanente avec les compagnies d'ordonnance dont il nommera les capitaines (1445) et la création des francs archers (1448). Cette nouvelle armée permettra à Charles VII de devenir « Charles le Victorieux ».
 



La chevalerie :

- les chevaliers ;
- les écuyers (aspirants chevaliers) ;
- et les pages (aspirants écuyers).

Nota : rappelons qu'il s'agit d'une institution mise en place par l'Église vers le Xe siècle et qui n'a plus, au XVe siècle, le rôle fort, symbolique, de ses origines. Certains ont encore une haute opinion de cette hiérarchie chevaleresque tel Guillaume de Gamaches qui s'opposa à la Jeanne d'Arc devant le conseil des chefs de guerre à Orléans : "Puisqu'il vous plait de préférer l'avis d'une péronnelle à celui d'un chevalier tel que moi, je défais  ma bannière et ne suis plus qu'un pauvre écuyer !"

Guillaume de Gamaches



La noblesse au Moyen Age :

par ordre décroissant :

- les ducs ;
- les comtes ;
- les vicomtes ;
- les barons ;
- les seigneurs et châtelains (mais des seigneuries pouvaient appartenir à des roturiers).

Nota : à l'origine, les « marquis » sont les défenseurs des marches ou frontières et les « vidames » sont les représentants au temporel des grands ecclésiastiques ; ces titres deviennent peu à peu héréditaires. Le titre de marquis deviendra un véritable titre nobiliaire au début du XVIe s., s'intercalant dans la hiérarchie entre duc et comte. Le titre de vidame, accordé directement par un ecclésiastique et non par le roi, désigne surtout une fonction et ne sera jamais officiellement un titre de noblesse.

Le comte de Vendôme



Les grands officiers de la couronne en 1429 :

- le grand chambellan (Georges de La Trémoïlle de 1427 à 1433) ;
- le grand chancelier (Regnault de Chartres de 1424 à † 1444) ;
- le connétable de France (Arthur de Richemont de 1425 à † 1458) ;
- les trois maréchaux de France (Pierre de Rochefort, de 1417 à † 1439,
  Gilbert de La Fayette de 1421 à † 1464, Jean de Boussac de 1427 à † 1433),
  un 4e étant créé lors du sacre de Reims (Gilles de Rais de juillet 1429 à † 1440) ;
- l'amiral de France (Louis de Culant de 1421 à 1439) ;
- le grand maître des arbalétriers (Jean Malet de Graville de 1425 à † 1449)
- le grand maître de l'artillerie (Pierre Bessonneau de 1420 à 1446)
- le grand maître de l'hôtel du roi (le comte de Vendôme de 1413 à † 1446)

Le grand chambellan



Les officiers de l'hôtel du roi en 1429 :

- le grand bouteiller (Jacques de Dinan de 1427 à † 1444) chargé de la cave ;
- le grand panetier (Jean de Naillac de 1428 à † 12.2.1429) chargé de la boulangerie ;
- le grand queux (Jean de Linières de 1412 à † 1432) chargé des cuisines ;
- le grand écuyer (charge vacante, Poton de Xaintrailles écuyer d'écurie faisant fonction) ;
- le grand veneur (Guillaume Bellier de 1424 à † 1449) chargé des chasses à courre ;
- le grand fauconnier (Philippe de La Châtre de 1429 à † ?) chargé des chasses au vol ;
- le grand maître des eaux et forêts (Charles de La Rivière de 1428 à † juin 1429) ;

et de nombreux chambellans, échansons, écuyers, veneurs, etc.

Le grand bouteiller