Lettre de trois
gentilshommes angevins adressée le jour du
sacre
à la reine de France (Marie d’Anjou) et à la
reine sa mère (Yolande d’Aragon) :
« Nos souveraines et
très redoutées dames, vous plaise savoir que
hier le roi arriva en cette ville de Reims, en laquelle il a
trouvé toute et pleine obéissance.
Aujourd’hui, il a été sacré et
couronné ; et a été moult belle chose
à voir en ce beau mystère, car il a
été aussi solennel et accoutré de
toutes les besognes y appartenant, aussi bien et si
convenablement pour faire la chose, tant en habits royaux et
autres choses à cela nécessaires, comme s’il
eut mandé un an auparavant ; et y a eu autant de gens
que c’est là chose infinie à écrire, et
aussi la grande joie que chacun en avait.
« Messeigneurs le
duc d’Alençon, le comte de Clermont, le comte de Vendôme, les seigneurs de Laval et de
La Trémoïlle y ont été en habits royaux,
et monseigneur d’Alençon a fait le roi chevalier, et
les dessus dits représentaient les pairs de France ;
monseigneur d’Albret a
tenu l’épée durant ledit mystère devant
le roi ; et pour les pairs de l’Église y
étaient avec leurs crosses et mitres messeigneurs de
Reims et de
Châlons, qui sont pairs ; et en lieu des autres, les
évêques de Séez et d’Orléans et
deux autres prélats, et mon dit seigneur de Reims y a
fait ledit mystère et sacre qui lui
appartient.
« Pour aller quérir
la sainte ampoule en l’abbaye de Saint Rémy et pour
l’apporter en l’église de Notre-Dame, où a
été fait le sacre, furent ordonnés le
maréchal de Boussac,
les seigneurs de Rais,
Graville et
l’amiral (Culan),
avec leurs quatre bannières que chacun portait en sa
main, armés de toutes pièces et à
cheval, bien accompagnés pour conduire l’abbé
dudit lieu, qui apportait ladite ampoule ; et
entrèrent à cheval dans ladite grande
église et descendirent à l’entrée du
chœur, et en cet état l’ont rendue après le
service en ladite abbaye ; lequel service a duré
depuis neuf heures jusqu’à deux heures. Et à
l’heure où le roi fut sacré, et aussi quand on
lui assit la couronne sur la tête, tout homme cria :
Noël ! et trompettes sonnèrent en telle
manière qu’il semblait que les voûtes de
l’église se dussent fendre.
« Et durant ledit
mystère, la Pucelle s’est toujours tenue joignant le
roi, tenant son étendard en la main. Et était
moult belle chose de voir les belles manières que
tenait le roi et aussi la Pucelle. Et Dieu sache si vous y
avez été souhaitées.
« Demain s’en doit partir
le roi tenant son chemin vers Paris. La Pucelle ne fait
doute qu’elle ne mette Paris en
obéissance.
« Nos souveraines et
redoutées dames, nous prions le benoît
Saint-Esprit qu’il vous donne bonne et longue
vie.
« Écrit à
Reims, ce dimanche XVIIe de juillet.
« Vos très humbles
et obéissants serviteurs : Beauveau,
Moréal, Lussé. »