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and Statements

 


-Témoignage du duc d'Alençon sur le siège de Jargeau, le 12 juin 1429

Lettre de trois angevins à la reine le jour du sacre, le 17 juillet 1429.

Lettre de Guy de Laval à sa mère et à sa grand-mère, le 8 juin 1429.


Armoiries de Jean,
duc d'Alençon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Déposition de Jean, duc d'Alençon, à Paris, le 3 mai 1456, dans le cadre du procès en révision:

«-Et ils firent tant qu'ils réunirent jusqu'à six cent lances des gens du roi, avec l'intention d'aller à Jargeau, ville qu'occupaient les Anglais; [...] Après quelques jours ils tinrent conseil sur ce qui paraissait à faire contre les Anglais se trouvant dans Jargeau, pour reprendre la ville. Pendant le conseil on rapporta que La Hire était en pourparlers avec le sire de Suffolk ; pour cela le témoin, et les autres qui avaient la charge des hommes d'armes, furent mécontents de La Hire ; et on lui demanda de revenir. Après cet incident on décida de lancer l'assaut contre la ville, et les hérauts crièrent : " A l'assaut "; Jeanne dit alors au témoin qui dépose : " Avant, gentil duc, à l'assaut ! " Et, comme il paraissait au témoin qu'on agissait prématurément, en partant si vite à l'assaut, Jeanne lui dit " N'hésitez pas, l'heure est prête quand il plaît à Dieu " ; elle ajouta qu'il fallait travailler quand Dieu le voulait : " Travaillez et Dieu travaillera " ; plus tard elle dit au témoin : " Ah ! gentil duc, as-tu peur? Ne sais-tu pas que j'ai promis à ton épouse de te ramener sain et sauf? " C'était vrai en effet : quand le témoin quitta sa femme pour venir à l'armée, celle-ci dit à Jeanne qu'elle craignait beaucoup pour son mari, qu'il avait déjà été prisonnier et de grosses sommes avaient été dépensées pour son rachat, qu'elle l'aurait volontiers prié de rester. Alors Jeanne répondit : " Dame, n'ayez pas peur ! Je vous le rendrai sauf, dans l'état où il est, ou même meilleur ". Déclare aussi que, pendant l'assaut contre la ville de Jargeau, Jeanne dit au témoin, qui se trouvait à une place, de quitter cet endroit ; car, s'il ne s'en allait " cette machine ", dit-elle montrant une machine installée dans la ville, " te tuera ". Le témoin s'en alla, et peu après, au lieu même qu'il avait quitté, fut tué par cette machine un certain Monseigneur du Lude ; le témoin en conçut une grande peur, et il s'émerveillait des paroles de Jeanne après cela. Ensuite Jeanne partit à l'assaut et le témoin avec elle. Lors de l'avancée des assaillants le comte de Suffolk fit crier qu'il voulait parler au témoin qui dépose mais il ne fut pas entendu, et l'assaut poursuivi. Jeanne était sur une échelle, tenant à la main son étendard, qui fut frappé ; elle-même fut atteinte à la tête d'une pierre, qui se brisa sur sa capeline. Elle fut cependant jetée à terre ; en se relevant elle dit aux hommes d'armes : " Amis, amis, sus ! sus ! Vostre Sire a condamné les Anglois. A cette heure ils sont à nous ; ayez bon courage ! "En un instant la ville de Jargeau fut prise ; les Anglais firent retraite vers les ponts, suivis par les Français ; et dans la poursuite plus de onze cents furent tués.-»


Armoiries de Pierre de Beauveau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettre de trois gentilshommes angevins adressée le jour du sacre à la reine de France (Marie d’Anjou) et à la reine sa mère (Yolande d’Aragon) :

« Nos souveraines et très redoutées dames, vous plaise savoir que hier le roi arriva en cette ville de Reims, en laquelle il a trouvé toute et pleine obéissance. Aujourd’hui, il a été sacré et couronné ; et a été moult belle chose à voir en ce beau mystère, car il a été aussi solennel et accoutré de toutes les besognes y appartenant, aussi bien et si convenablement pour faire la chose, tant en habits royaux et autres choses à cela nécessaires, comme s’il eut mandé un an auparavant ; et y a eu autant de gens que c’est là chose infinie à écrire, et aussi la grande joie que chacun en avait.

« Messeigneurs le duc d’Alençon, le comte de Clermont, le comte de Vendôme, les seigneurs de Laval et de La Trémoïlle y ont été en habits royaux, et monseigneur d’Alençon a fait le roi chevalier, et les dessus dits représentaient les pairs de France ; monseigneur d’Albret a tenu l’épée durant ledit mystère devant le roi ; et pour les pairs de l’Église y étaient avec leurs crosses et mitres messeigneurs de Reims et de Châlons, qui sont pairs ; et en lieu des autres, les évêques de Séez et d’Orléans et deux autres prélats, et mon dit seigneur de Reims y a fait ledit mystère et sacre qui lui appartient.

« Pour aller quérir la sainte ampoule en l’abbaye de Saint Rémy et pour l’apporter en l’église de Notre-Dame, où a été fait le sacre, furent ordonnés le maréchal de Boussac, les seigneurs de Rais, Graville et l’amiral (Culan), avec leurs quatre bannières que chacun portait en sa main, armés de toutes pièces et à cheval, bien accompagnés pour conduire l’abbé dudit lieu, qui apportait ladite ampoule ; et entrèrent à cheval dans ladite grande église et descendirent à l’entrée du chœur, et en cet état l’ont rendue après le service en ladite abbaye ; lequel service a duré depuis neuf heures jusqu’à deux heures. Et à l’heure où le roi fut sacré, et aussi quand on lui assit la couronne sur la tête, tout homme cria : Noël ! et trompettes sonnèrent en telle manière qu’il semblait que les voûtes de l’église se dussent fendre.

« Et durant ledit mystère, la Pucelle s’est toujours tenue joignant le roi, tenant son étendard en la main. Et était moult belle chose de voir les belles manières que tenait le roi et aussi la Pucelle. Et Dieu sache si vous y avez été souhaitées.

« Demain s’en doit partir le roi tenant son chemin vers Paris. La Pucelle ne fait doute qu’elle ne mette Paris en obéissance.

« Nos souveraines et redoutées dames, nous prions le benoît Saint-Esprit qu’il vous donne bonne et longue vie.

« Écrit à Reims, ce dimanche XVIIe de juillet.

« Vos très humbles et obéissants serviteurs : Beauveau, Moréal, Lussé. »

 


Armoiries de Guy de Laval

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Lettre (extrait) écrite par Guy de Laval à sa mère et à sa grand-mère (Jeanne de Laval, veuve de Du Guesclin), le 8 juin 1429, depuis Selles-en-Berry (Selles-sur-Cher) où Jean d'Alençon réunit l'armée royale en vue d'une campagne sur la Loire :

"[...] A notre arrivée à Selles
(lundi 6 juin 1429), j’allai voir la Pucelle à son logis. Elle fit venir du vin : " Je vous en ferai bientôt boire à Paris ", me dit-elle. Son fait, ses actions, la voir, l’entendre, sont choses toutes divines."

"Cette merveilleuse jeune fille a quitté Selles ce lundi, à l’heure de Vêpres, pour aller à Romorantin, avançant de trois lieues ses avant-postes ; elle était accompagnée du maréchal de Boussac (Jean de Brosse), d’un grand nombre d’hommes d’armes est de personnes de la commune. Elle était armée tout en blanc (harnoys blanc : armure d'acier poli), sauf la tête, elle avait en main une petite hache. Je la vis monter à cheval sur un grand cheval noir. [...] Un gracieux page portait son étendard ployé, elle-même tenait en main sa petite hache. Un de ses frères, arrivé depuis huit jours, partit avec elle ; il était également armé tout en blanc."

"Aujourd’hui lundi, Mgr d’Alençon est arrivé à Selles avec une grande troupe. J’ai joué à la paume avec lui et j’ai gagné la partie."

"Le comte de Vendôme (Louis de Bourbon), mon beau-frère, n’est pas encore ici. J’ai rencontré l’un des gentilshommes de mon autre beau-frère, Guy de Chauvigny, qui avait appris mon passage à Sainte-Catherine-de-Fierbois. Ce gentilhomme m’a dit que mon beau-frère avait déjà lancé sa convocation à tous les nobles de sa seigneurie qui espéraient nous rejoindre bientôt : ma sœur fait toujours avec lui un excellent ménage et en ce moment se porte mieux que jamais."

"On dit ici que Mgr le connétable (Richemont) vient avec 600 hommes d’armes et 400 hommes de trait, que Jean de La Roche vient aussi et que le roi n’a pas eu depuis longtemps autant de troupes que maintenant. Jamais on n’alla plus volontiers en guerre qu’en cette occasion. Mon cousin de Rais doit arriver ici aujourd’hui et augmenter ma compagnie. Quoi qu’il en soit, ce que nous avons amené est déjà bien présentable ; le seigneur d’Argenton (Guy de Chauvigny, voir plus haut) est un des principaux officiers que j’y ai mis. [...]"

"Aujourd’hui (8 juin), Mgr d’Alençon, le Bâtard d’Orléans et Gaucourt doivent quitter Selles et suivre la Pucelle. [...]"

Ce soir (8 juin), sont arrivés ici Mgr de Vendôme, Mgr de Boussac et d’autres. La Hire s’est approché de l’armée. On va donc agir bientôt".