Armoiries de Gilles de Rais

(Principales sources: sceau antérieur à 1429, armorial du héraut Berry, armorial Le Blancq)

 

Armes concédées par le roi en septembre 1429: d'or à la croix de sable (Rais) à l'orle de France.

Note de l'auteur : la cotte de brocart vermeil et or est une interprétation personnelle.

 

Château de Tiffauges (Vendée)
photo © J.-C. Colrat

 


G
illes de Laval, Baron de Rais.

 

Nom : Gilles de Laval dit de RAIS.

Surnom : "Barbe-Bleue" (assimilation à une légende ancienne)

: en octobre 1404 à Champtocé.

Mort : le 27 octobre 1440 à Nantes (inhumé en l'église ND des Carmes).

Titres nobiliaires : Baron de Rais (Pays de Retz, Loire-Atlantique), seigneur de Pouzauges (Vendée), Tiffauges (Vendée), Machecoul (Loire-Atlantique), Pornic (Loire-Atlantique), Bourgneuf (Bourgneuf-en-Retz, Loire-Atlantique), Champtocé (Champtocé-sur-Loire, Maine-et-Loire), Confolens (Charente) et de nombreux autres lieux.

Offices civils et militaires : maréchal de France (1429).

Père : Guy II de Laval-Blaison († 1415), seigneur de Rais.

Mère : Marie de Craon († 1415 ?).

Aïeuls paternels : Guy I de Laval dit Brimor († 1383) et Jeanne de Montmorency dame de Blaison.

Aïeuls maternels : Jean de Craon, seigneur de La Suze († 1432), et Béatrix de Rochefort († 1421).

Épouse : 1422 Catherine de Thouars (fille de Miles de Thouars, seigneur de Pouzauges).

Descendance : Marie de Rais († 1457) , mariée à 1° Prigent de Coëtivy, 2° André de Laval.

Armoiries : d'or à la croix de sable ; en septembre 1429, ajout d'une orle de France d'azur semé de fleurs de lis d'or. 

Cimier : une tête de cygne d'argent dans un vol de même, se prolongeant en lambrequins d'argent doublés de même ; portera aussi un dragon chevauchant un croissant de lune.

Présence au côté de Jeanne d'Arc à : Blois, Orléans, Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency, Patay, Reims, Paris.

Commentaires : Gilles est le fils de Guy II de Laval-Blaison, seigneur de Rais, et de Marie de Craon. Par acte de 1400, Jeanne dite "la sage", dame de Rais († 1404) avait institué héritier Guy de Laval à la condition qu'il quittât les armes des Laval-Montmorency pour celles de Rais : d'or à la croix de sable.

Ayant perdu très tôt son père en 1415, abandonné par sa mère, Gilles est élevé avec son jeune frère, René de La Suze, par son grand-père maternel, Jean de Craon. Hélas, son éducation le gâta ; sa moralité en fut altérée, ses moeurs devinrent douteuses. Sa jeunesse dorée explique la fin de sa vie sulfureuse, comme il le reconnaîtra lui-même lors de son procès. Au milieu d'une "grande effusion de larmes", Gilles de Rais exhortera "les pères, les mères, les amis et les proches de tous les jeunes gens et de tous les enfants de les gouverner dans les bonnes moeurs, suivant les bons exemples et les bonnes doctrines, et de les instruire là-dessus et de les châtier de peur qu'ils ne tombassent dans le piège où il était lui-même tombé."

Le 14 juin 1422, c'est avec une dispense pontificale qu'il épousa sa cousine Catherine de Thouars, fille de Miles de Thouars, seigneur de Pouzauges, car elle était la petite-fille du sire de Craon. Catherine le quittera dans les années noires, vers 1435. Elle lui aura donné une fille, Marie de Laval, dame de Rais, qui épousera l'amiral Prigent de Coëtivy puis le maréchal André de Laval de Lohéac.

Accompagne Jeanne d’Arc de Blois à Paris. Il se couvre de gloire à la libération  d'Orléans. En récompense il est désigné pour être l'un des otages de la Sainte Ampoule au sacre de Reims et il est promu maréchal de France en juillet 1429.

Gilles de Rais avait hérité des biens des Laval-Blaison et des Rais par son père, des Craon par son grand-père maternel et des cadets de Thouars par son beau-père. Ses fiefs se répartissaient dans tout l'Ouest de la France, de la Bretagne à la Saintonge, en passant par le Maine, l'Anjou et le Poitou. Ce grand féodal menait grand train. C'était aussi, dit-on, un humaniste doté d'une culture peu commune, qui se faisait accompagner en toutes circonstances, et même à la guerre, par son orgue et sa psalette. Il parlait couramment latin, peut-être le grec, écrivait des vers, et à l'occasion enluminait lui-même ses manuscrits.

Mais il cherchait à connaître tous les plaisirs, s'adonnant à l'alchimie et à d'autres occupations sans doute plus horribles, errant d'un château à l'autre, surtout depuis son inaction ayant suivie la disgrâce de La Trémoïlle dont il était un familier. Pour financer sa folie, le baron de Rais vend peu à peu ses possessions, au désespoir de ses héritiers, notamment son frère, René de La Suze, et ses cousins, Guy et André de Laval, qui, en 1435, demandent au roi sa mise sous tutelle.

C'est pourtant du parti breton que viendra le coup de grâce. Le 14 septembre 1440, Gilles de Rais est arrêté. Il venait de tenter de récupérer le fief de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, qu'il avait vendu à Guillaume Le Ferron, évêque de Léon, en attaquant à main armée le frère de celui-ci dans l'église, en plein office. Ce coup de force causa sa perte, d'autant que le frère de Guillaume Le Ferron était trésorier du duc de Bretagne. Le baron de Rais était désormais félon.

Gilles de Rais est déféré devant deux tribunaux : pour sorcellerie, apostasie de la foi et sodomie, devant un tribunal ecclésiastique présidé par l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit ; pour félonie et assassinats, devant un tribunal séculier présidé par le président du parlement de Bretagne, Pierre de l'Hôpital. On pourrait ajouter un crime hélas encore d'actualité : pédophilie... Certains ont prétendu que les perquisitions avaient permis de découvrir les restes de quelques deux cents enfants et adolescents qu'il avait suppliciés pour ses plaisirs sadiques. D'autres ont avancé le chiffre de quatre cents, voire plus. C'est sans doute exagération. Mais c'est aussi vaine querelle de chiffres dans l'horreur !

Condamné à mort, Gilles de Rais sera pendu à Nantes, le 27 octobre 1440, après un émouvant repentir en public. Par égard pour son rang, son corps n'est pas entièrement brûlé et il est enseveli dans l'église Notre-Dame des Carmes. Dans la tradition populaire, il sera assimilé au personnage de la légende de "Barbe Bleue".